Vipassana traditionnel Mahasi Sayadaw

Avertissement

La méthode détaillée ci-dessous insiste sur le retour à l’observation du mouvement d’élévation et d’abaissement de l’abdomen. Un biographe du Mahasi Sayadaw précise que cette méthode n’a jamais été rendue obligatoire dans les centres dépendant de lui. Faire de cette observation du mouvement d’élévation et d’abaissement de l’abdomen une méthode incontournable, comme ont cru bon de le faire certains instructeurs ou maîtres, est donc une erreur. Pire, cette obstination aveugle peut créer un empêchement pour les yogis n’arrivant pas à sentir ce mouvement de l’abdomen. Voici ce qu’écrit ce biographe sur http://vipassanasangha.free.fr/tms_biographie_courte.htm

"À cette époque, Mahasi Sayadaw fut soumis à de sévères critiques pour sa recommandation de la méthode prétendument peu orthodoxe de noter les mouvements d’élévation et d’abaissement de l'abdomen dans la méditation Vipassana. Certains supposèrent, de manière erronée, que cette méthode était une innovation du Sayadaw lui-même, tandis que la vérité est qu'elle avait été approuvée plusieurs années avant que Mahasi Sayadaw ne l’adopte, par le non moins prestigieux et reconnu Mingun Jetavan Sayadaw qui faisait autorité, et qu'elle n’est nullement contraire à l'enseignement du Bouddha.

La raison de la préférence de Mahasi Sayadaw pour cette méthode est que pour le yogi qui débute, il est plus facile de noter cette manifestation de vayodhatu, élément mouvement. Elle n'est cependant imposée comme technique obligatoire à aucun yogi venant pratiquer la méditation dans l’un des Mahasi yeikthas, centres de méditation. Un yogi peut, s'il préfère et s'il constate qu'il est plus à l’aise avec la pratique d’anapana, observation du souffle entrant et sortant au niveau des narines, méditer de cette façon."

INTRODUCTION

Sur la demande personnelle de l'Honorable U Nu, Premier Ministre, et de Thado Thiri Thudhamma Sir U Thwin, Président de la Buddha Sāsana-nuggaha Association, le Vénérable Mahasi Sayadaw, Bhadanta Sobhana Maha-thera, Sasana-dhaja-siripavara-dhamma-cariya, Agga-maha-pandita, Chatta-sangiti-pucchaka, est descendu de Shwebo pour se rendre à Rangoon, le 10 novembre 1949. Le centre de méditation de Thathana Yeikta, Hermitage Road, Rangoon, a été officiellement ouvert le 4 décembre 1949, lorsque le Mahasi Sayadaw a commencé à donner à 15 fervents de la méditation, un entraînement méthodique à la méthode véritable de Satipatthāna-Vipassanā.

Dès le premier jour de l'inauguration du centre, un discours exposant la méthode de Satipatthāna Vipassanā, son objectif, la manière de le pratiquer, les bienfaits qui en découlent, etc., a été lu à chaque groupe d'étudiants qui arrivait au centre presque tous les jours pour entreprendre le cours intensif de l'entraînement. Le discours durait généralement une heure trente minutes, et la tâche que représentait un exposé oral quasi quotidien avait inévitablement entraîné beaucoup de fatigue. Heureusement la Buddha-Sasanā-Nuggaha Association permit de remédier à la situation en enregistrant sur une bande magnétique le discours adressé à un groupe de 15 étudiants entreprenant l'entraînement, le 27 juillet 1951. Par la suite, le discours enregistré a été quotidiennement utilisé, le Mahasi Sayadaw le faisant précéder de quelques remarques préliminaires.

Étant donné l'importance de la demande issue des centres de méditation affiliés, concernant la méthode Satipatthāna Vipassanā du Mahasi, aussi bien que celle du public, le présent discours a été publié sous forme de livre en 1954. Ce livre a maintenant été édité six fois. Étant donné également l'intérêt et la demande pressante issus de nombreux adeptes de la méditation, de nationalités diverses, ne parlant pas la langue birmane, le discours a été maintenant traduit en anglais.

Rangoon, Birmanie, décembre 1957 U Pe Thin, (traducteur).

TRADUCTION

Namo Buddhassa.

“ Hommage au Tout-Eveillé ”

  • Distinguer entre Lokiya-Pañña (existence avec mérites et sans démérite) et Lokuttara-Pañña (inclut et dépasse Lokiya-Pañña par l'abolition du risque de (re)tomber dans des états infernaux).

Lorsque l'on découvre le "Sasanā" (l'Enseignement) du Seigneur Bouddha, il est de la plus haute importance de cultiver en soi-même les vertus de "Sīla", de "Samādhi" et de "Pañña". Il est indiscutable que chacun doit posséder ces trois vertus.

"Sila" est l'observance de cinq préceptes, au minimum, par les laïcs. Pour les Bhikkhus (moines bouddhistes) c'est la discipline de "Patimokkha Sīla". Celui qui aura bien maîtrisé "Sīla" renaîtra au plan d'existence heureux d'être humain ou de deva. Néanmoins, cette forme ordinaire de "Lokiya Sīla" ne constitue pas de protection contre le risque de retomber à des niveaux inférieurs d'existence misérable, en enfer, à l'état d'animal ou de peta. il est donc souhaitable, également, de cul­tiver la forme la plus élevée de "Lokuttara Sīla", à savoir "Magga Sīla" et "Phala Sīla". Celui qui acquiert pleinement la vertu de "Sīla"ne retombe pas aux plans inférieurs; il mènera toujours une existence heureuse en renaissant sous la forme d'un être humain ou d'un deva. Pour cette raison, chacun doit considérer comme son devoir de travailler à l'obtention de “Lokuttara Sīla”. Celui qui travaillera en toute sincérité et avec ardeur, aura toute chance de réussir. Ce serait tout à fait dommage pour celui qui laisserait passer l'occasion qui lui est offerte de développer des qualités supérieures, car tôt ou tard, il deviendrait immanquablement la victime de son propre "karma" négatif qui le fera descendre aux plans inférieurs d'existence misérable: en enfer, sous la forme d'un animal ou d'un peta, où la durée de la vie se prolonge pendant des centaines, des milliers ou des millions de millions d'années. On insiste donc ici sur le fait que la rencontre avec le "Sasana" du Seigneur Bouddha est une occasion unique de cultiver “Magga Sīla” et “Phala Sīla”.

Il est impossible de travailler "Sīla" uniquement. Il faut aussi cultiver "Samādhi". "Samādhi" est l'état de concentration ou de tranquillité de l’esprit. L'esprit ordinaire ou indiscipliné a coutume de vagabonder çà et là ; il est in­contrôlable; il suit une idée, une pensée, ou l'imagination etc. Pour éviter la dispersion, l'attention doit être fixée, de manière répétée, sur un objet de "Samādhi" choisi. Avec de la pratique, l'esprit atténue ses caractéristiques, et demeure fixé sur l'objet sur lequel l'attention est dirigée. Ceci est le "Samādhi". Il existe deux formes de "Samādhi" : "Lokiya Samādhi" et "Lokuttara Samādhi".

Parmi ces deux formes, la pratique de "Samatha Bhāvanā", c’est-à-dire d’ “Ānāpāna ”, de "Mettā " de "Kasina", etc, permettra de développer les états de “Lokiya-Jhāna”­, les quatre "Rūpa-Jhāna" et les quatre "Arūpa-Jhāna" - grâce auxquels on renaîtra sur le plan de "Brahma". La durée de vie de "Brahma” est très longue et peut s'étendre à un, deux, quatre, huit cycles terrestres, jusqu'à quatre-vingt-quatre mille cycles, selon le cas. Mais lorsqu'il touche à son terme, un "Brahma" meurt et renaît à nouveau à l’état d'être humain ou de "deva". S'il a toujours mené une vie vertueuse, il pourra connaître une existence heureuse sur un plan plus élevé. Mais s'il ne s'est pas libéré des "kilesa" (impuretés) il commettra des actions mauvaises en de maintes occasions. Il sera alors victime de son “karma” et renaîtra en enfer ou sur d’autres plans inférieurs d’existence misérables. Ce “Lokiya Samādhi” n’est pas non plus une garantie absolue. Il est souhaitable de cultiver “Lokuttara Samādhi” qui n’est rien d’autre que “Magga Samādhi” et “Phala Samādhi”. Pour atteindre ce “Samādhi” il est indispensable de cultiver “Paññā”.

  • Il existe deux formes de “Paññā”, à savoir “Lokiya-Paññā” et “Lokuttara-Paññā”.

De nos jours, la connaissance de la littérature, des arts, des sciences ou des affaires de ce monde, est généralement considérée comme une forme de “Paññā" . Mais cette forme de “Paññā" n’a rien à voir avec un type de “Bhāvanā”, quel qu’il soit. Pas plus qu’on ne peut lui accorder de mérite réel, à cause des nombreuses armes de destruction inventées au moyen de ces connaissances qui sont toujours sous l’influence de la convoitise, de la haine et autres mobiles néfastes. D’autre part, l’esprit véritable de “Lokiya Paññā” ne possède que des mérites et aucun démérite. La connaissance visant à développer le bien-être et à soulager la souffrance, sans causer de dommage, apprendre à acquérir la connaissance de la vraie signification et du vrai sens des Textes Sacrés, et les trois catégories de connaissance de “Vipassanā Bhāvanā” : “Suta-maya-paññā" - la connaissance qui repose sur l’étude, “Cinta-maya-paññā” - la connaissance basée sur la pensée, et “Bhāvanā-maya-paññā”, la connaissance basée sur le développement mental, sont ”Lokiya-Paññā ”. L’homme vertueux qui possède “Lokiya-Paññā” peut obtenir une vie heureuse à des niveaux supérieurs d’existence, mais il ne peut éliminer le risque de renaître en enfer ou sur des plans inférieurs d’existence misérable. Seul le développement de “Lokuttara-Paññā” peut supprimer ce risque de manière décisive.

  • Distinction entre matière et esprit : entre "Rūpa" et "Nāma".

“Lokuttara Paññā” est “Maggâ Paññā” et “Phala Paññā”. Pour développer cette forme de “Paññā” , il est nécessaire, parmi les trois formes de discipline lorsque l’on cultive “Sīla”, “Samādhi” et “Paññā”, de poursuivre la simple pratique de “Vipassanā Bhāvanā”. Lorsque la vertu de “Paññā” est convenablement développée, on acquiert également les qualités indispensables de “Sīla” et de “Samādhi”. La méthode de développement de "Paññā" consiste à observer, afin de les connaître sous leur véritable forme, la matière et l'esprit, les deux seuls éléments qui existent dans un corps. A l'heure actuelle, des expériences portant sur l'observation analytique de la matière sont, généralement, effectuées dans des laboratoires, au moyen de différentes sortes d'instruments; on ne peut, cependant, pas appliquer ces méthodes au domaine de l'esprit. La méthode préconisée par le Seigneur Bouddha n'exige pas, elle, toutes sortes d'instruments ou de l'aide extérieure. Elle s'applique avec succès à la fois à la matière et à l'esprit. Elle utilise notre propre esprit à des fins analytiques en fixant l'attention pure sur des activités de la matière et de l'esprit telles qu'elles se manifestent dans le corps. En pratiquant assidûment cette forme d'exercice, l'indispensable “Samadhi” peut être atteint, et lorsque ce dernier est suffisamment développé, le flux incessant constitué par l'apparition et la disparition de la matière et de l'esprit pourra être perçu avec intensité.

  • Le corps est uniquement composé par les deux groupes distincts de la matière et de l'esprit.
1- Matière - "Rūpa" (formes changeantes) :

La substance solide du corps, comme on le découvre maintenant, appartient au groupe de la matière. Selon l'énumération habituelle, sous les noms de "pathavi" (élément terre-solidité), "apo" (élément eau-fluidité), "tejo" (élément feu-chaleur), "vāyo" (élément air-mouvement), "cakkhu" (oeil), "rūpa" (forme, apparence, matière), etc., ce groupe comprend en tout vingt-huit catégories, mais en résumé on peut dire que le corps est une masse de matière. On peut le comparer, par exemple, à une poupée d'argile ou de son, qui n'est rien d'autre qu'un tas de poussière d'argile ou de farine. La matière modifie sa forme sous l'influence de conditions physiques comme la chaleur, le froid etc., et en raison de cette faculté de mutabilité dans des conditions physiques contraires, on l'appelle "Rūpa" en pali. Elle n'a pas la faculté de connaître un objet.

Dans l’"Abhidhamma", les éléments de l'esprit et de la matière sont respectivement classés en "Sarammana dhamma" et en "Anarammana dhamma". L'élément de l'esprit a un objet, ou possède un objet, alors que celui de la matière n'a pas d'objet, ne possède d'objet, ou ne connaît d'objet. On constate ainsi que l "Abhidhamma" a nettement énoncé que la faculté de connaître un objet n'existe pas pour l'élément de matière. De la même manière, le Yogi perçoit que "l'élément matériel n'a pas la faculté de connaître". Les bûches et les poteaux, les briques, les pierres et les mottes de terre sont un amas de matière ; elles ne possèdent pas la faculté de "cognition". Dans un corps mort, les éléments de matière sont sem­blables à ceux d'un corps vivant: ils n'ont pas la capacité de connaître. Et pour­tant, les gens pensent généralement que les éléments matériels d'un organisme vi­vant ont la faculté de connaître un objet, et que celle-ci est perdue uniquement à l'instant de la mort. Il n'en n'est pas ainsi, en réalité. En fait, la matière ne peut pas connaître d'objet, qu'il s'agisse d'un corps vivant ou d'un corps mort.

2- Esprit -"nāma" (ce qui connaît, en relation avec un objet) :

Qui, alors, connaît les objets? -l'élément de l'esprit qui se manifeste en fonction de la matière. On l'appelle "Nāma" en pali du fait qu'il est tourné vers un objet. L'esprit est également qualifié de "pensée" ou de “conscience”. L'esprit se manifeste en fonction de la matière comme nous le verrons plus loin. Dépendante de l'oeil, la conscience par l'oeil (la vue) se manifeste; dépendante de l'oreil­le la conscience par l'oreille (l'ouïe) se manifeste; dépendante du nez, la cons­cience par le nez (l'odorat) se manifeste; dépendante de la langue, la conscience par la langue (le goût) se manifeste; dépendante du corps, la conscience par le corps (le sens du toucher) se manifeste. Bons ou mauvais, il existe plusieurs sortes de sens du toucher. Si celui-ci possède un vaste champ d'action qui englobe l'en­semble du corps, à l'intérieur comme à l'extérieur, le sens de la vue, celui de l'ouïe, du goût ou de l'odorat peuvent d'autre part se manifester dans la sphère qui leur est propre, respectivement l’œil, l'oreille, la langue et le nez, et qui occupe un espace très restreint et limité du corps. Les sens du toucher, de la vue etc., ne sont rien d'autres que les éléments qui constituent l'esprit. La cons­cience mentale (c’est-à-dire les pensées, les idées, l'imagination etc.) se manifeste également en fonction de l'esprit. Celles-ci sont des éléments de l'esprit. L'esprit connaît généralement un objet, ce qui n'est pas le cas pour la matière.

On pense souvent que dans le cas de la vue, c'est l’œil qui voit en réalité. On pense que la vue et l’œil ne sont qu'une seule et même chose. On pense aussi : "La vue c'est Je : Je vois les choses: l’œil, la vue et Je sont une seule et même personne". Dans la réalité les choses sont différentes. L’œil est une chose, et voir en est une autre, et il n’existe pas d'entité séparée telle que "Je ou l'Ego". Seul existe le fait de "voir" qui se manifeste en fonction de l’œil. Pour citer un exemple, nous pouvons établir une comparaison avec une personne qui est assise dans une maison. Maison et personne sont deux choses distinctes : la maison n'est pas la personne, et la personne n'est pas la maison. Il en est de même au moment où l'on voit. L’œil n'est pas voir et voir n'est pas l’œil.

Un autre exemple est le cas de la personne qui se trouve dans une pièce et qui voit beaucoup de choses lorsqu'elle ouvre la fenêtre pour regarder dehors. Si l'on pose la question : "Qui est-ce qui voit? Est-ce la fenêtre ou la personne ?" La réponse est la suivante: "La fenêtre n'a pas la faculté de voir c’est uniquement la personne qui voit". Si on demande alors: "La personne est-elle capable de voir ce qui se trouve à l'extérieur, sans la fenêtre ?" La réponse sera alors : “il est impossible de voir les choses sans la fenêtre". De même, dans le cas de la vue, l’œil et vision sont deux choses différentes: l’œil n’est pas voir, et voir n’est pas l’œil; et pourtant l'action de voir ne peut exister sans l’œil. En fait, la vue se manifeste par l'intermédiaire de l’œil. Il est clair maintenant qu'il n' existe dans le corps que deux éléments distincts de matière (l’œil) et d'esprit (la vue) à chaque instant de l'action de voir. En outre, il existe également un troisième élément de matière (l'objet visuel). A certains moments, l'objet visuel est perceptible à l'intérieur du corps, et à d'autres, à l'extérieur du corps. Si donc on ajoute ce dernier élément, on obtient trois éléments, dont deux sont d'ordre matériel (l’œil et l'objet visuel) et le troisième d'ordre mental (la vue). L’œil et l'objet visuel étant des éléments matériels ne possèdent la faculté de connaître un objet, alors que la vue étant un élément mental peut connaître l'objet visuel et ce à quoi il ressemble. Il est évident maintenant qu'il n'y a que deux éléments séparés d'esprit et de matière au moment de l'acte de voir, et la manifestation de cette paire d'éléments distincts est appelée “la vue”.

  • Confusion fondamentale et croyance en un "je...", ou un "moi qui..." ou en un "mon, ma, mes...": "Sakkaya-ditthi" :

Ceux qui ignorent l'entraînement et la connaissance "Vipassanā Bhāvanā" soutiennent que la vue est le "moi", ou l’ "ego", ou une "entité vivante" ou une "personne" ou qu'elle se rattache à ceux-ci. Ils pensent: "Voir est Je ; ou Je suis en train de voir; ou Je connais". Ce genre d'opinion ou de croyance est appelée "Sakkāya-ditthi" en pali. "Sakkāya" désigne le couple matière ("rūpa") et esprit ("nāma") dans leur manifestation distincte. "Ditthi" signifie avoir une opinion ou croyance erronée. Le mot composé "Sakkāya-ditthi" veut dire avoir une opinion ou une croyance erronée en ce qui concerne la dualité "rūpa" et "nāma" qui existe réellement. Pour que les choses soient plus claires quant à cette opinion ou cette croyance erronée, des explications seront données ultérieurement. A l'instant de l'action de voir, les choses qui existent réellement sont l’œil et l'objet visuel qui appartiennent au groupe de la matière. Ces deux catégories existent bel et bien. Et pourtant, il y a des gens qui affirment que cet ensemble d'éléments constituent "le moi, ou l'ego, ou une entité vivante". Ils considèrent: "Voir est Je ; ou ce qui est vu est Je ; ou Je vois mon propre corps". Cette vue fausse repose sur le simple acte de voir considéré comme "moi", ce qui est "Sakkāya-ditthi".

  • Relation essentielle entre cette opinion fausse – "Sakkaya-ditthi"- et les états infernaux :

Aussi longtemps que l'on reste assujetti à " Sakkāya-ditthi ", on ne peut espérer échapper au risque de tomber sur un plan d'existence misérable, en enfer, sous la forme d'un animal ou d'un peta. Même si l'on mène une existence heureuse dans le monde humain ou dans le monde des deva en raison de nos mérites, on est toujours susceptibles de retomber dans un état misérable d'existence, à n'importe quel moment, lorsque nos démérites entrent en jeu. C'est pour cela que le Seigneur Bouddha a souligné qu'il était essentiel d’œuvrer à la suppression totale de "Sakkāya-ditthi" et voici ses Paroles: "Sakkāya ditthippahanaya sato bhikkhu paribbaje". Ce qui veut dire, entre autres choses: bien que ce soit le vœu de chacun d'éviter la vieillesse, la maladie et la mort, personne ne peut leur échapper, et l'on doit inévitablement se soumettre un jour à celle-ci. Après la mort, vient la re-naissance. La re-naissance sur n'importe quel plan d'existence ne dépend pas de ce que l'on souhaite. Il est impossible d'éviter de re-naître en enfer, sous la forme d'un animal ou d'un peta simplement en souhaitant y échapper. La re-naissance s'effectue sur n'importe quel plan d'existence en fonction de nos actes, et il n'y a pas de choix possible. Pour toutes ces raisons, le cycle des re-naissances "Samsāra", est effrayant. Il faut donc faire tous les efforts possibles pour s’in­former des conditions misérables que "Samsāra" implique, et travailler ensuite pour y échapper pour atteindre Nibbāna". Si l'on ne parvient à échapper au cycle de "Samsāra" dans la vie présente, on doit tenter au moins d'échapper à une re-naissance dans l'univers infernal, sous une forme animale ou dans l'univers des peta. Dans ce cas, il est indispensable que l'on œuvre à supprimer complètement de soi-même "Sakkāya-ditthi" qui est la racine même de la re-naissance sur un plan misérable: enfer, forme animale, peta. Seules "Ariya Magga et Phala”, les trois vertus de “Sila, Samādhi et Pañña” peuvent détruire complètement “Sakkāya-Ditthi”.

Il est donc impératif de faire l'effort de cultiver ces vertus. Et comment doit-on y travailler? Par "Sato", c'est-à-dire en notant ou en observant, et "Paribbaje", c'est-à-dire sans qu'interviennent les "Kilesa" (impuretés). La pratique consiste à noter ou à observer constamment chaque action de voir, entendre, etc., qui sont les processus mentaux et physiques qui constituent le corps, jusqu'à ce que l'on soit libéré de “Sakkāya-ditthi".

C'est pour ces raisons que l'on conseille toujours ici d'entreprendre la pratique de la Méditation Vipassanā. Des Yogi sont venus chez nous dans le but de pratiquer la Méditation Vipassanā, pour pouvoir compléter le cours d'entraînement et atteindre "Ariya Magga" rapidement. Alors "Sakkāya ditthi" sera totalement supprimé, et la protection contre le risque d'une re-naissance en enfer, sous une forme animale, ou dans le monde des peta sera finalement obtenue.

  • La méthode. Comment éradiquer cette opinion fausse -"Sakkāya-ditthi" ? - en "notant" :

A cette fin, l'exercice consiste simplement à noter et à observer les éléments qui existent dans chaque action de voir. On doit chaque fois noter: "voir, voir". (Par "noter, observer, ou contempler", on entend l'action de maintenir l'esprit fermement orienté sur l'objet afin de connaître celui-ci avec précision).

  • Voir

Par l'action qui consiste à garder l'attention fermement orientée … en notant "voir, voir", parfois l'objet visuel est perçu, parfois la conscience de voir est perçue, parfois l’œil ou l'endroit d'où il voit. Il serait bon de pouvoir noter distinctement chacun de ces trois éléments. Sinon, de cet acte de voir, "Sakkāya-ditthi" surgira qui le fera considérer comme une manifestation du "moi" ou comme se rattachant au "moi", dans le sens de “Nicca, Sukha et Attā“ d'où découleront l'attachement et la convoitise; les "kilesa" donneront à leur tour naissance aux actions, et celles-ci une re-naissance sur un nouveau plan d'existence. Ainsi fonctionne la Loi de la Dépendance de l'Origine, et le cercle vicieux de "Samsāra" tourne sans fin. Pour empêcher "Samsāra" de tourner à partir de l'acte de voir, il est nécessaire de noter chaque fois "voir, voir".

  • Entendre.

De même, dans le cas de l'ouïe, il n'existe que deux éléments distincts de matière et d'esprit. Le sens de l'ouïe est un élément de l'esprit. Afin de connaître avec précision chacune de ces deux catégories d'esprit et de matière, on doit noter "entendre, entendre" chaque fois que l'on entend.

  • Sentir une odeur, et goûter une saveur.

De la même façon, il faut noter "sentir, sentir" chaque fois que l'on sent quelque chose, et “connaître, connaître” chaque fois que l'on détecte une saveur.

  • Toucher : douleur, chaleur, fatigue, etc.

On doit prendre note de la même manière lorsque l'on connaît ou que l'on ressent une sensation de toucher dans le corps. Il existe une sorte d’élément matériel appelé "Kāya-pasāda", dans le corps qui reçoit l'impression de toucher. Chaque type de toucher, agréable ou désagréable, se heurte généralement à "Kāya-pasāda" et il apparaît alors un "Kāya-viññāna" qui perçoit ou connaît le toucher en chaque occasion. Nous allons voir maintenant qu'à chaque contact, deux éléments de matière sont présents, à savoir l'organe du sens et la sensation de toucher, et un élément d'ordre mental, à savoir la connaissance du toucher. Afin de connaître distinctement ces éléments chaque fois qu'il y a sensation de toucher, on doit noter : "toucher, toucher". La note mentale se réfère à la forme ordinaire de la sensation de toucher. Il y a des formes particulières qui accompagnent les sensations douloureuses ou désagréables, comme ressentir de la raideur ou de la fatigue dans le corps ou dans les membres, avoir chaud, ressentir de la douleur, être engourdi, avoir mal, etc. Étant donné que dans ces cas "Vedanā" est prédominante, on doit noter "chaud", "fatigué", "douloureux", etc., selon le cas.

On peut mentionner également le fait que de nombreuses sensations se manifestent dans les mains et dans les jambes etc., chaque fois que l'on se penche, que l'on s'étire ou que l'on bouge. Parce que le mental désire bouger, s'étirer ou se pencher, les activités d'ordre matériel qui consistent à bouger, s'étirer ou se pencher etc., se manifestent en séries. (Il est possible qu'au début on soit incapable de prendre note de ces incidents. Ce n'est qu'au bout d'un certain temps, avec de la pratique, que l'on peut les observer. Nous les mentionnons ici en considération de "Suta-maya-ñāna"). Toutes ces activités de changements et mouvements, etc., sont effectués par ces états d'esprit. Lorsque l'esprit désire se pencher, il se produit une série de mouvements vers l'intérieur de la main ou de la jambe ; lorsque l'esprit désire s'étirer ou se mouvoir, il se produit une série de mouvements vers l'extérieur, ou de mouvements de va-et-vient, respectivement. Ceux-ci disparaissent ou cessent aussitôt après qu'ils se sont manifestés et au moment même de leur manifestation. (Il sera possible d'observer ces phénomènes par la suite). Chaque fois que l'on s'incline, que l'on s'étire ou dans le cas d'autres activités, il se produit tout d'abord une série d'intentions ou de volontés mentales qui entraînent dans les mains et dans les jambes une série d'activités d'ordre matériel, telles que raidissement (ou durcissement), flexion, étirement ou déplacement d'avant en arrière. Ces activités se heurtent à d'autres éléments matériels ("Kāya-pasāda"), et toutes les fois qu'une collision (un contact) se produit entre les activités matérielles et les qualités sensitives, "Kāya-viññāna" qui perçoit ou qui connaît la sensation de toucher, se manifeste. Il est donc évident que les activités d'ordre matériel sont, dans ces cas, les facteurs qui prédominent. Sinon, on peut être sûr que la vue fausse qui consiste à considérer ces actions dans le sens de "Je ou Je me penche, ou Je m'étire, ou Mes mains, ou Mes jambes" se manifestera. La méthode selon laquelle on note "pencher", "s'étirer", "bouger" est destinée à éliminer ce genre d'opinion.

  • Penser, réfléchir, imaginer

En ce qui concerne les pensées, l'imagination, etc., on peut mentionner qu’une série de processus mentaux tels que penser, imaginer, etc., qui dépendent de l'esprit, se manifestent, ou plus généralement, qu'une série d'activités mentales qui dépendent du corps, apparaissent. En réalité, chaque cas est une combinaison d'esprit et de matière: esprit-base ou corps relèvent de la matière alors que penser, imaginer. etc. relèvent de l’esprit. Pour pouvoir distinguer clairement esprit et matière, il faut chaque fois noter "penser, imaginer", etc.

  • Progrès dans la stabilisation de l'esprit et dans l'augmentation du nombre de notations : apparition de la contemplation de "Dukkha", "Anicca" et "Anatta". Atteinte du premier stade de "Nibbāna".

Après avoir pratiqué de la manière ci-dessus indiquée, pendant un certain temps, il se peut que "Samādhi" s'améliore. L'aspirant remarquera que l'esprit ne vagabonde plus mais qu'il demeure fixé avec fermeté sur l'objet qu'il a choisi. Parallèlement, la capacité de noter s'est considérablement développée. Chaque fois que l'occasion de noter se présente, le Yogi observe uniquement le processus de l'esprit et celui de la matière: un couple objet-esprit qui note l'objet se manifeste alors.

Si l'on procède plus avant dans la pratique de la contemplation, on constate que rien ne demeure de façon permanente et que chaque chose existe à l'état de flux. De nouvelles formations apparaissent à tout instant: chacune d'entre elles est notée au moment où elle se produit et elle disparaît aussitôt. Tout de suite après, une nouvelle formation apparaît, qui est à son tour notée, puis elle disparaît. Ainsi se poursuit le processus de manifestation et de disparition, indiquant clairement que rien n'est permanent. Le Yogi est donc convaincu que les choses sont impermanentes, car il observe qu'elles apparaissent et disparaissent chaque fois qu'il les note. Ceci est "Aniccanupassanā-ñāna" (contemplation de la vision intérieure de l'Impermanence).

Le méditant est ensuite convaincu que la manifestation et la disparition ne sont pas souhaitables. Ceci est "Dukkhanupassanā-ñāna" (Contemplation de la vision intérieure de la Souffrance). En plus, on ressent généralement de nombreuses sensations douloureuses dans le corps, telles que fatigue, raideur, chaleur, tension, on perçoit généralement que ce corps n'est qu'un monceau de souffrance. Ceci aussi est "Dukkhanupassanā-ñāna" (Contemplation de la vision intérieure de la Souffrance).

Ensuite, chaque fois que l'on note une formation, on constate que les éléments de l'esprit et de la matière se manifestent selon leur nature et leur conditionnement respectifs, et non selon notre propre gré. On est donc convaincu «qu'ils sont des éléments, qu'ils ne sont pas contrôlables et qu'ils ne sont ni une personnalité ni une entité vivante». Ceci est "Anattanupassanā-ñāna" (Contemplation de la vision intérieure de l'impersonnalité).

Une fois la connaissance de "Anicca, Dukkha, Anattā" pleinement acquise, alors apparaissent "Magqa Ñāna" et "Phala Ñāna" et la réalisation de "Nibbāna" est gagnée. Lorsque l'on parvient à réaliser "Nibbāna" au premier stade, on est libéré du cycle des re-naissances sur un plan inférieur d'existence misérable. Chacun devrait s'efforcer d'atteindre, au minimum, le premier stade.

  • Débuter la « notation » par un nombre réduit d'objets.

Nous avons déjà expliqué que la méthode pratique de la Méditation Vipassanā consiste à noter, à observer ou à contempler les manifestations successives de la vue, de l'ouïe, etc., aux six points des "portes des sens". Il ne sera pas cependant possible pour le débutant de suivre tous les phénomènes successifs tels qu'ils apparaissent car chez lui "Sati, Samādhi et Ñāna" sont encore très faibles. Les formations voir, entendre, etc. se manifestent très rapidement. Voir semble se manifester en même temps qu'entendre; entendre semble se manifester en même temps que voir; voir et entendre semblent donc se produire simultanément on a l'impression que les trois ou quatre formations: voir, entendre, penser, imaginer se produisent en général au même moment; il est impossible de distinguer quelle formation se produit la première, et laquelle lui fait suite, à cause de la rapidité extrême des manifestations. En réalité, voir ne se manifeste pas en même temps qu'entendre, pas plus qu'entendre ne se manifeste en même temps que voir. Ces formations ne peuvent se manifester que l'une après l'autre. Le Yogi débutant qui n'a pas suffisamment développé "Sati, Samādhi et Ñāna", ne sera pas, néanmoins, capable d'observer individuellement toutes ces manifestations, à mesure qu'elles apparaissent en ordre successif. Le débutant ne doit donc pas nécessairement suivre beaucoup d'objets, mais plutôt se concentrer sur un petit nombre. Voir et entendre se manifestent uniquement lorsque l'attention est présente. Si l'on ne prête pas attention à ce qui peut être vu ou entendu, le temps peut passer sans qu'on ait l'occasion de voir ou d'entendre. L'odorat se manifeste rarement. L'expérience du goût ne se présente qu'au moment où l'on mange. Dans le cas de voir, entendre, sentir et goûter, le Yogi peut en prendre note au moment de la manifestation. Néanmoins, les impressions corporelles sont toujours présentes: généralement elles existent toujours distinctement les unes des autres. Lorsqu'on est assis, les sensations corporelles de raideur ou de durcissement dans cette position, sont nettement ressenties. Il faut alors fixer son attention sur la posture assise, et noter mentalement : "assis, assis, assis".

  • La posture assise. L'élément de raidissement "Vāyo-dhātu".

"La position assise" est une posture droite du tronc consistant en une série d'activités physiques résultant de la conscience qui se manifeste en une série d'activités mentales. Le processus est comparable au cas de la balle de caoutchouc gonflée qui conserve sa forme arrondie à cause de la résistance de l'air qu'elle contient; il en est de même pour la position assise, où le tronc est maintenu droit grâce au processus continu des activités physiques. Une grande quantité d'énergie est nécessaire pour hisser et maintenir en position droite une masse aussi pesante que notre corps. Les gens pensent généralement que le corps est levé et maintenu en position grâce à la force musculaire. Dans un sens, cette opinion est correcte, car les tendons, le sang, la chair et les os ne sont rien d'autre que des éléments de matière. L'élément de raidissement qui maintient le corps en position droite appartient au groupe matériel, et il se manifeste dans les muscles, la chair, le sang, etc., à travers tout le corps, comme l'air dans la balle de caoutchouc. L'élément de raidissement est "Vāyo-dhātu". Le corps est maintenu en position droite par la présence de "Vāyo-dhātu" sous la forme d'un raidissement qui se manifeste de façon continue. Dans le cas de forte somnolence, on peut s'effondrer parce que l'approvisionnement en matériaux nouveaux sous la forme de raidissement est interrompu.

L'état d'esprit en cas de lourde somnolence ou de sommeil est "Bhavanga". Au cours de "Bhavanga", les activités mentales sont absentes, et c'est pour cette raison que le corps reste étendu pendant le sommeil ou en cas de profonde somnolence. Pendant les heures d'éveil, des formations mentales fortes et actives apparaissent constamment, et à cause de celles-ci une série de "Vāyo-dhātu" se manifeste sous la forme de raidissement. Pour bien connaître ces faits, il est essentiel de noter attentivement "assis, assis, assis". Cela ne veut pas dire nécessairement que les impressions corporelles de raidissement doivent être particulièrement recherchées et notées.

  • Dosage de "Samādhi" et de "Viriya".

Il n'est besoin que de fixer son attention sur l'ensemble de la forme de la position assise, c'est-à-dire la partie inférieure du corps, incurvée, et la partie supérieure en position droite. On constatera que dans le cas de la position assise, par exemple, l'exercice qui consiste à observer un objet unique est trop facile et ne demande guère d'effort. Dans de telles conditions, "Viriya" (l'effort) est moindre et "Samādhi" (la concentration) est excessive, et l'on finit généralement par se sentir paresseux à noter continuellement "assis, assis, assis" pendant une longue période de temps. La paresse se manifeste généralement lorsqu'il y a excès de "Samādhi" et insuffisance de "Viriya". Il ne s'agit rien d'autre que d'un état "Thina-middha". Il faut développer davantage "Viriya", et dans ce but, le nombre d'objets à noter doit être augmenté. Après avoir noter "assis", par exemple, l'attention devra être dirigée sur un endroit du corps où l'on perçoit une sensation de toucher. Et l'on notera mentalement "toucher". Tout endroit de la jambe, de la main ou de la hanche où une sensation de toucher est distinctement ressentie, peut être utilisé.

Par exemple : après avoir noté "assis" dans le cas de la position assise, l'endroit où la sensation de toucher est perçue doit être noté comme "toucher". La note concernant ces deux objets - "position assise" et "point de toucher" - doit être alors répétée alternativement : "assis, toucher, assis, toucher, assis, toucher".

Les termes "noter" au "observer" ou "contempler" sont employés ici pour indiquer la fixation de l'attention sur un objet. L'exercice consiste simplement à noter, observer ou contempler : "assis, toucher".

Ceux qui sont déjà expérimentés dans la pratique de la Méditation trouveront peut-être qu'il est facile de débuter par cet exercice, mais ceux qui n'ont aucune expérience trouveront peut-être les débuts difficiles.

L'exercice le plus simple et le plus facile pour un débutant, est le suivant :

  • Débuter par noter l'expansion et la contraction de l'abdomen. Manifestation grossière facile à noter, à la différence de l'esprit, plus subtil.

A chaque respiration, des mouvements se manifestent sous la forme de la montée et de la descente de l'abdomen. Le débutant devrait donc commencer par noter ou observer ces mouvements. Ceux-ci sont faciles à observer parce qu'ils sont grossiers et accentués, et ils conviennent tout à fait à un débutant. La pratique de la Méditation Vipassanā peut se comparer à ce qui se passe dans les écoles où les leçons simples sont faciles à apprendre. Le débutant constatera qu'il est plus aisé de développer "Samādhi" et "Ñāna" au moyen d'un exercice simple et facile.

Une fois encore, l'objectif de la Méditation Vipassanā est de commencer l'exercice en contemplant les facteurs les plus accentués dans le corps. Des deux facteurs représentés par l'esprit et par la matière, l'élément mental est subtil et moins prononcé tandis que l'élément matériel est grossier et plus prononcé. C'est pourquoi, la méthode ordinaire utilisée pour le pratiquant de Vipassanā consiste à commencer aussitôt l'exercice par la contemplation des éléments matériels. En ce qui concerne ceux-ci, notons ici que "Upādā-rūpa" (la corporalité dérivée : les 5 organes matériels des sens et leurs objets respectifs ainsi que les objets mentaux : pensées, idées, conceptions.) est plus subtil et moins accentué que "Mahā-bhuta" (les quatre éléments physiques de base : "pathavi" (élément terre-solidité), "apo" (élément eau-fluidité), "tejo" (élément feu-chaleur) et "vāyo" (élément air-mouvement)) qui sont grossiers et plus prononcés, et qui, pour cette raison, doivent avoir la priorité dans l'ordre des objets de contemplation. Dans le cas de "monter" et "descendre", le facteur qui domine est "vāyo-dhātu". Le processus de raidissement et les mouvements de l'abdomen notés au cours de la contemplation ne sont rien d'autres que les fonctions de "'vāyo-dhātu". On pourra ainsi constater que "vāyo-dhātu" est perceptible dès le début de l'exercice.

Conformément aux instructions du "Satipatthāna Sutta", on doit être attentif à l'action de marcher lorsque l'on marche, à l'action de se tenir debout, à l'action d'être assis, à l'action d'être allongé lorsqu'on se tient debout, que l'on est assis ou allongé. On doit également être conscient des autres activités du corps lorsque chacune d'entre elles se manifeste. A cet égard, les commentaires stipulent que l'on doit d'abord être conscient de "vāyo-dhātu" de préférence aux trois autres. En fait, les quatre « Mahā-bhūta » dominent dans chaque activité corporelle, et il est essentiel de percevoir chacune d'entre elles. Lorsqu'on est assis, les deux mouvements monter et descendre, se produisent de manière évidente à chaque respiration, et l'on doit commencer par noter ces mouvements.

Certaines caractéristiques fondamentales de la méthode de Méditation Vipassanā ("Suta-maya-ñāna") ont été exposées aux fins d'information générale. Nous allons maintenant traiter des exercices de base dans leur ensemble.

Lorsqu'il contemple "monter et descendre" le disciple doit maintenir son attention fixée sur l'abdomen. Il apprendra alors à connaître le mouvement ascendant (ou mieux dit, d'expansion) de l'abdomen, au cours d'une inspiration, et le mouvement descendant (ou contraction) au cours d'une expiration. Une note mentale telle que "monter" devra être faite pour le mouvement ascendant, et "descendre" pour le mouvement descendant. Si ces mouvements ne sont pas clairement perçus en maintenant l'esprit fixé sur eux avec fermeté, on pourra placer une main ou les deux mains sur l'abdomen. Le disciple ne devra pas tenter de ralentir sa respiration en retenant son souffle, ni de l'accélérer ni de pratiquer la respiration profonde. S'il modifiait le rythme naturel de sa respiration, il se fatiguerait très vite. Il devra donc respirer normalement, et procéder à la contemplation de "monter et descendre".

Lorsque le mouvement ascendant se produit, on doit noter mentalement "monter", et lorsque le mouvement descendant se produit on doit noter "descendre". La désignation de ces termes ou noms ne doit pas s'effectuer oralement. Dans la Méditation Vipassanā, il est plus important de connaître l'état réel de l'objet que de le connaître en le désignant par des mots ou un nom. Il faut donc que le disciple fasse tous les efforts possibles pour être conscient du mouvement ascendant et du mouvement descendant, du début jusqu'à la fin, comme s'il les voyait véritablement avec ses yeux. Dès que "monter" se produit, l'état d'esprit cognitif doit instantanément lui faire suite. Comme dans le cas de la pierre qui heurte un mur, l'acte de monter tel qu'il se manifeste, et l'esprit le connaissant, doivent être chaque fois réunis. Il en est de même pour le mouvement descendant tel qu'il se manifeste et l'esprit qui le connaît.

Lorsqu'il n'y a pas d'objet dont la nature domine plus particulièrement, le disciple doit poursuivre l'exercice en notant "monter, descendre; monter, descendre monter, descendre". Étant ainsi absorbé par cet exercice, il peut y avoir des moments où l'esprit vagabonde.

  • Noter chaque activité de l'esprit, "Cittanupassana". Contemplation de la nature véritable d'un état d'esprit.

Lorsque "Samādhi" est faible, il est extrêmement difficile de contrôler l' esprit. Bien que l'attention soit dirigée sur "monter" et "descendre", elle ne restera pas fixée sur ces mouvements, et le mental vagabondera vers d'autres lieux. Cet esprit vagabond ne doit pas être laissé à lui-même: on doit noter "vagabonder, vagabonder" dès qu'il s'échappe. En faisant cette note mentale une fois ou deux, de façon répétée, l'esprit cesse de vagabonder, et l'on doit poursuivre l'exercice qui consiste à noter "monter, descendre". Lorsque l'on s'aperçoit que l'esprit a de nouveau atteint un point particulier, on doit noter "atteindre, attein­dre". Puis on doit revenir à "monter, descendre" dès que ces mouvements sont perçus clairement. Si l'on rencontre une personne en imagination, on doit noter "rencon­trer, rencontrer", puis retourner à l'exercice habituel. On découvre parfois qu'il s'agit simplement de l'imagination, au moment de parler avec cette personne imaginaire, et l'on doit noter "parler, parler". L'objectif véritable est de noter chaque activité mentale au moment où celle-ci se manifeste. Par exemple, on doit noter "penser, penser" au moment où l'on pense, et "réfléchir, projeter, connaître, prêter attention, se réjouir, se sentir paresseux, se sentir heureux, être dégoûté", etc., selon le cas, lorsque chacune de ces activités se produit. La contemplation des activités mentales et le fait de les noter au moment de leur manifestation, est appelée "Cittanupassanā".

Parce qu'ils n'ont aucune connaissance pratique de la Méditation Vipassana, les gens ne sont généralement pas en position de connaître d'état d'esprit véritable. Ce qui les amène naturellement à considérer faussement l'esprit comme une "personna­lité", un "moi", ou une "entité vivante". Ils pensent généralement: "L'imagination est Je; Je suis en train d'imaginer; Je me propose de ; Je suis en train de connaître", et ainsi de suite. Ils estiment qu'il existe une entité vivante ou un moi qui se développe depuis l'enfance jusqu'à l'age adulte. En réalité, il n'y a pas d'entité vivante, mais un processus continu d'éléments mentaux se manifestant séparément et successivement. La pratique de la contemplation est donc effectuée dans le but de découvrir le fait réel.

  • Dans le Dhammapada : un seul état d'esprit à la fois.

En ce qui concerne l'esprit et la manière dont celui-ci se manifeste, le Bouddha a déclaré dans le "Dhammapada" :

"Duran-gamam Eka-caram, A-sariram Guha-sayam".

"Ye Cittam Samyamessanti, Mokkhanti Mara-bandhana"

"Duran-gamam" = "accoutumé à se diriger sur un objet éloigné". L'esprit vagabonde généralement très loin. Tandis que le Yogi essaye de pratiquer la contemplation dans sa cellule de méditation, il s'aperçoit souvent que son mental vagabonde vers des lieux, des villes lointaines, etc. Il découvre également que celui-ci peut vagabonder dans des endroits éloignés. Ce fait devrait être constaté au moyen de la contemplation.

"Eka-caram" = "a l'habitude de se manifester séparément". Les états d'esprit apparaissent séparément, en ordre successif. Ceux qui ne sont pas conscients de ce fait, pensent qu'un seul esprit se manifeste au cours de l'existence. Ils ignorent que de nouveaux états d'esprit apparaissent à tout moment. Ils croient que voir, entendre, etc., manifestés dans le passé et les manifestations présentes, appartiennent à un seul et même esprit, et que trois ou quatre actions de voir, entendre, toucher, connaître, se produisent généralement en même temps. Ceci est une vue fausse. Dans la réalité, un état d'esprit nouveau et unique apparaît à tout instant. Une longue pratique permet de percevoir cela. Le cas de l "imagination" et de l"intention" sont clairement perceptibles. L"imagination" cesse de se manifester dès que l'on note "imaginer, imaginer", et "avoir l'intention" disparaît également, dès que l'on note "intention, intention". Ces exemples d'apparitions, notes, disparitions peuvent se comparer aux grains d'un chapelet. L'état d'esprit qui précède ne ressemble pas à celui qui suit. lls sont distincts l'un de l'autre. Ces faits peuvent être perçus séparément, et dans ce but, on doit poursuivre la contemplation.

"A-sariram" = "incorporel". L'esprit n'a ni substance ni forme. Il n'est pas aussi facile à distinguer que la matière. Dans le cas de la matière, la structure du corps, de la tête, des mains et des jambes, est très prononcée, et elle peut être aisément perçue. Si l'on demande ce qu'est la matière, on peut répondre qu'elle peut être manipulée et montrée. Quant à l'esprit, il ne se prête pas facilement à la description, car il est dénué de substance et de forme. C'est pour cela qu'il est impossible de se livrer à des expériences analytiques sur l'esprit en laboratoire. Cependant, on peut très bien faire comprendre à quelqu'un, en le lui expliquant, que connaître un objet est une manifestation de l'esprit. Pour comprendre un état d'esprit dans le détail, il est essentiel de le contempler chaque fois qu'il se manifeste. Lorsque la contemplation est en bonne voie de développement, l'approche de l'esprit vers son objet est clairement comprise. C'est comme si chaque état d'esprit bondissait directement vers son objet. Pour pouvoir connaître la nature véritable d'un état d'esprit, il est donc recommandé de pratiquer la contemplation.

"Guha-sayam" = "reste dans la grotte". Parce que l'esprit se manifeste généralement en fonction du corps et des autres "portes sensorielles" situées dans le corps, on dit qu'il reste dans la grotte.

"Ye Cittam Samyamessanti, Mokkhanti Mara-bandhana" = "si le Yogi était capable de contrôler son esprit, il serait affranchi de l'esclavage de la Mort".

  • Noter chaque état d'esprit fait que celui-ci disparaît : revenir alors à la notation du mouvement de l'abdomen.

Il est dit que l'esprit doit être contemplé chaque fois qu'il se manifeste; ainsi l'esprit peut-il être contrôlé au moyen de la contemplation; en parvenant à le contrôler, le Yogi se libérera des chaînes de la Mort. On comprendra maintenant qu'il est important de noter l'esprit lorsqu'il se manifeste. Dès qu'il a été noté, généralement l'esprit disparaît. Par exemple, lorsqu'on note une ou deux fois "intention, intention", on constate que l'intention disparaît aussitôt. On reprend alors l'exercice habituel: "monter, descendre; monter, descendre".

En pratiquant l'exercice habituel, on peut ressentir le besoin d'avaler sa salive. On doit alors noter mentalement -"désirer" et en rassemblant sa salive "rassembler", et en l'avalant "avaler", dans l'ordre successif des manifestations. Dans un tel cas on doit contempler, car une opinion se rapportant à la personnalité peut résister : "désirer avaler est moi: avaler est également moi". En réalité, "désirer avaler" est un état d'esprit et non pas moi, et "avaler" est d'ordre matériel et non pas moi. A ce moment précis, seuls existent l'esprit et la matière. La contemplation permettra de comprendre clairement le processus des faits réels. Il en est de même pour l'acte de cracher, où l'on doit noter "désirer" lorsqu'on désire cracher, "courber" lorsqu'on courbe le cou (ce qui doit s'effectuer lentement), "regarder, voir", lorsqu'on regarde, et "cracher" lorsqu'on crache. On revient, ensuite, à l'exercice habituel "monter, descendre".

  • Noter une sensation corporelle déplaisante et l'intention-désir de bouger fait disparaître l'une et l'autre.

Du fait que l'on reste assis, des sensations déplaisantes peuvent se manifester dans le corps, telles que raideur, chaleur, etc. On doit noter ces sensations dès qu'elles apparaissent. L'attention devra être fixée sur l’endroit voulu et on notera mentalement "raide, raide" pour une sensation de raideur, "chaud, chaud" pour une sensation de chaleur, "douloureux, douloureux" pour une sensation douloureuse, "picotement, picotement" pour une sensation de picotement, et "fatigué, fatigué" pour une sensation de fatigue. Ces sensations déplaisantes sont "Dukkha Vedanā" et leur contemplation "Vedanā-nupassanā".

A cause du manque de connaissance de "Vedanā-nupassanā" concernant ces sensations, on pense souvent, à tort, qu'elles sont une manifestation de notre personnalité ou de notre moi, c'est-à-dire "Je me sens raide ; Je me sens chaud ; J'ai une sensation de douleur; tout à l'heure Je me sentais bien mais maintenant Je ressens de l'inconfort" Comme si l'on avait affaire à un moi unique. En réalité, des sensations désagréables apparaissent à cause d'impressions déplaisantes dans le corps. Semblables à la lumière d'une ampoule électrique qui peut continuer à briller grâce à l'apport constant d'énergie, ces sensations se manifestent en séries, chaque fois que le contact avec les impressions déplaisantes existe.

Il est indispensable de comprendre ces sensations avec précision. Lorsqu'il commence à noter "raide, raide; chaud, chaud; douloureux, douloureux", le Yogi peut sentir la sensation déplaisante s'amplifier, et il constate alors que l'état d'esprit désirant modifier la posture se manifeste. Cet état d'esprit doit être noté par "désirer, désirer". Puis le Yogi doit revenir à la sensation et noter "raide, raide" ou "chaud, chaud", etc. En pratiquant la contemplation avec beaucoup de patience conformément à cette méthode, la sensation désagréable disparaîtra.

  • La patience.

Il y a un dicton qui dit que "la patience mène au Nibbāna". Il est évident que celui-ci s'applique davantage à cet exemple de contemplation qu'à un autre. La contemplation exige beaucoup de patience. Si un Yogi n'est pas capable de supporter les sensations déplaisantes avec patience, et qu'il change de position au cours de la contemplation, il ne peut espérer obtenir "Samādhi". Sans "Samādhi", on n'a aucune chance d' acquérir "Vipassanā-ñāna", et sans "Vipassanā-ñāna" on ne peut réaliser "Magga", "Phala" et "Nibbāna". Pour la contemplation, la patience est donc de la plus haute importance. Elle est surtout nécessaire pour que l'on puisse endurer les sensations déplaisantes du corps; il n'existe pour ainsi dire pas de cas de perturbation extérieure où la patience ne doit être exercée. Ceci implique l'observance de la displine "Khantisamvara". Le disciple ne doit pas changer de position lorsqu'il perçoit des sensations désagréables, il doit poursuivre en notant "raide, raide" ; "chaud, chaud", etc. En règle générale, ces sensations douloureuses disparaissent. Lorsque "Samādhi" est fort, on constate que même les douleurs aigües disparaissent lorsqu'on les observe avec patience. Quand la souffrance ou la douleur ont cessé, on doit reprendre l'exercice habituel, et noter "monter, descendre monter, descendre".

  • Noter en bougeant.

D'autre part, on constatera peut-être que les douleurs ou les sensations déplaisantes ne disparaissent pas; bien que l'on note avec beaucoup de patience. Dans ce cas, on ne pourra éviter de changer de posture. On doit, bien sûr, se soumettre aux forces supérieures. Lorsque "Samādhi" 'est faible, les douleurs ne disparaissent pas aussitôt. Dans ces conditions, un état d'esprit se manifeste souvent, qui désire un changement de position, et celui-ci doit être noté comme "désirer, désirer" ; après quoi, on poursuit en notant "lever, lever", en levant la main; "bouger, bouger", en bougeant celle-ci vers l'avant. Ces actions corporelles doivent être effectuées avec lenteur, et l'on doit observer ces lents mouvements, et noter "lever, lever" ; "bouger, bouger"; "toucher, toucher", par ordre successif. De même, lorsqu'on balance le corps, on doit noter "balancer, balancer" ; lorsqu'on lève la jambe "lever, lever" ; lorsqu'on bouge, "bouger, bouger" ; et lorsqu'on pose à terre, "poser, poser". S'il n'y a plus rien à faire, on revient à l'exercice habituel, et l'on note "monter, descendre; monter, descendre". Il ne doit pas y avoir d'arrêt de ou de pause entre les intervalles. L'action de noter qui précède, et celle qui suit doivent être continues. De la même manière, le "Samadhi" qui précède et celui qui fait suite, doivent être continus; ceci s'applique également à "Ñāna". Ainsi, "Sati", "Samādhi" et "Ñāna" se développent graduellement, par étapes, et l'étape finale, "Magga-Ñāna" sera fonction de leur épanouissement.

  • Pas d'interruption dans la notation.

Dans la pratique de la Méditation Vipassanā, il est important de suivre l'exemple de la personne qui essaye d'allumer un feu. Dans les temps anciens, il fallait travailler sans interruption, en frottant deux baguettes l'une contre l'autre, jusqu'à ce que l'on obtienne de la chaleur. Au fur et à mesure que les baguettes s'échauffaient, il fallait fournir davantage d'effort, et on devait frotter celles- ci sans s'interrompre. Ce n'est que lorsqu'on avait obtenu du feu que l'on était libre de se reposer. De même, le Yogi doit travailler dur pour qu'il n'y ait pas d'interruption entre la note qui précède et celle qui suit, entre le "Samādh" qui précède et celui qui suit. Lorsqu'il aura noté les sensations douloureuses, le Yogi reviendra à son exercice habituel : "monter, descendre".

Alors qu'il est occupé avec l'exercice en cours, le disciple peut à nouveau éprouver une sensation de démangeaison à un endroit quelconque du corps. Il doit alors fixer son attention sur ce point, et noter mentalement "démangeaison, démangeaison". Une démangeaison est une sensation déplaisante. Dès qu'on la perçoit, un état d'esprit désirant frotter ou gratter, se manifeste. Cet état d'esprit doit être noté par "désirer, désirer", après quoi, aucun frottement ne doit être effectué, et l'on retourne à la sensation de démangeaison en notant "démanger, démanger". Lorsque la contemplation est effectuée de cette manière, généralement la démangeaison disparaît. On reprend ensuite l'exercice habituel en notant "monter, descendre". Si, d'autre part, la démangeaison ne disparaît pas et qu'on soit obligé de se frotter ou de se gratter, on poursuivra la contemplation des manifestation successives en notant l'état d'esprit par "désirer, désirer". On devra ensuite noter "lever, lever" en levant la main, "bouger, bouger" en bougeant la main, et "toucher, toucher" lorsque la main touche l'endroit; "frotter, frotter" ou "gratter, gratter" lorsque la main frotte ou gratte; "retirer, retirer" lorsqu'on retire la main "toucher, toucher" lorsque la main touche le corps; la contemplation sera ensuite poursuivie par la note mentale habituelle "monter, descendre". Chaque fois que l'on change de position, on doit soigneusement veiller à ce que la contemp1ation des manifestations successives s'effectue de cette façon.

  • Les sensations corporelles douloureuses existent d'elles-mêmes, les changements de posture masquent cette réalité. Ces changements de posture sont exécutés inconsciemment.

En procédant ainsi avec soin, le Yogi découvrira au cours de la contemplation que les sensations douloureuses ou déplaisantes apparaissent dans le corps de leur propre chef. Les débutants ont généralement l'habitude de changer de position à la moindre sensation désagréable de fatigue ou de chaleur, sans fixer leur attention sur ces incidents. Le changement est effectué sans aucune attention, au moment où la sensation de douleur commence à augmenter. Pour cette raison, ils ne parviennent pas à percevoir ces sensations séparément. C'est pour cela que l'on dit que, généralement, "Iriya-patha" (posture) dissimule les sensations douloureuses. Les gens ont souvent l'impression de se sentir bien pendant des jours et des nuits. Ils croient que les sensations douloureuses se manifestent au moment de tomber gravement malade.

Ce qui se produit est tout-à-fait le contraire de ce que pensent les gens. Que chacun essaye de voir combien de temps il peut rester en position assise sans bouger ou sans changer de posture. Très vite, au bout de cinq ou dix minutes, vous vous sentirez inconfortables, et au bout de quinze ou vingt minutes, vous ne pourrez plus supporter cette position. Vous serez alors forcé de bouger ou de modifier votre position, en levant ou en baissant la tête, en bougeant les mains et les jambes, ou en balançant le corps d'avant en arrière. De nombreux mouvements se produisent en un bref laps de temps, et leur nombre serait encore plus grand si on en faisait le compte en fin de journée. Et pourtant, personne ne semble conscient de ces faits, parce que personne ne leur prête attention. Le processus de ces mouvements est toujours le même. En revanche, dans le cas du Yogi qui est toujours conscient de ses actions et qui pratique la contemplation, les impressions corporelles sont distinctement observées sous leur véritable nature. Elles ne peuvent que se révéler totalement conformément à la nature qui leur est propre car le Yogi les contemple jusqu'à ce qu'elles se manifestent telles qu'elles sont vraiment. Même si une sensation douloureuse apparaît, le Yogi continue en la notant : il ne tente généralement pas de changer de position ou de bouger. Puis lorsque l'état mental désirant le changement se manifeste, il note aussitôt "désirer, désirer", et revient ensuite à la sensation douloureuse qu'il continue de noter.

Le disciple modifie sa position ou bouge uniquement lorsqu'il trouve la douleur insupportable. Dans ce cas, il commence également à noter l'état d'esprit qui désire, et il continue en notant soigneusement chaque action qui constitue le processus du mouvement. C'est ainsi que "Iriya-patha" ne peut plus cacher les sensations douloureuses. Fréquemment, le Yogi perçoit des sensations de douleur qui s'insinuent çà et là dans le corps. ou bien une sensation de chaleur, une démangeaison, ou il ressent alors que tout le corps est une masse de sensations douloureuses. C'est lorsque "Iriya-patha" ne peut plus les cacher que les sensations douloureuses dominent.

  • Bouger lentement pour noter plus.

Si le disciple a l'intention de changer de position, de passer de la position assise à la position debout, il doit d'abord noter l'état d'esprit marquant l'intention par "intention, intention", et poursuivre par les actes d'arranger les mains et les jambes, en notant respectivement "lever, bouger, étendre, toucher, presser etc.". Lorsque le corps s'incline vers l'avant, il doit noter "incliner, incliner". Au cours de l'action de se mettre debout, une légèreté se manifeste dans le corps en même temps que l'on se lève. L'attention doit être fixée sur ces facteurs, et il faut noter "lever, lever". L'action de se lever doit être effectuée lentement. En cours de pratique, il convient tout à fait que le Yogi agisse en douceur et avec lenteur pendant toutes ses activités, comme une personne malade et affaiblie. Le cas de la personne qui souffre d'un lumbago est peut-être un exemple qui peut s'appliquer ici. Le patient doit toujours être prudent et bouger avec précaution pour éviter de souffrir. De la même manière, le Yogi doit toujours essayer de maintenir la lenteur du rythme dans toutes ses actions. Le rythme le plus lent est nécessaire pour permettre la réalisation de "Sati" , "Samādhi" et "Ñāna".

Jusqu'à présent, le Yogi a vécu sans être attentif, et il commence maintenant à s'entraîner à maintenir son attention sur son corps. Ce n'est que le début, et "Sati" et "Ñāna" n'ont pas encore été convenablement développés alors que les processus physiques et mentaux se manifestent à grande vitesse. Il est donc impératif de réduire le rythme le plus rapide de ces processus au rythme le plus lent, pour que "Sati" et "Ñāna" puissent aller de pair avec eux. Il est donc recommandé d'effectuer à tous moments les exercices avec lenteur.

  • L'aveugle ne regarde pas autour de lui.

Mentionnons, de plus, qu'il est souhaitable que le Yogi se comporte comme une personne aveugle, d'un bout à l'autre de l'entraînement. La personne qui ne se contrôle pas manque de dignité car elle regarde généralement les autres et les choses sans aucune réserve. Elle ne parvient pas à atteindre un état de fermeté et de calme. Au contraire, l'aveugle a un comportement posé car il reste assis calmement, les yeux baissés : il ne se tourne jamais dans une direction quelconque pour regarder les gens ou les choses parce qu'il est aveugle et qu'il ne peut pas les voir. Même si quelqu'un s'approche de lui pour lui parler, il ne se retourne jamais pour regarder. Son comportement calme est digne d'être imité. Un Yogi doit agir de la même manière lorsqu'il pratique la contemplation; il ne doit regarder nulle part :son attention doit être fermement concentrée uniquement sur l'objet de la contemplation ; en position assise, il doit intensément se concentrer sur "monter, descendre".

Même si des choses inhabituelles se produisent près de lui, il ne doit pas les observer dans le détail : il doit simplement noter "voir, voir", par exemple, et continuer ensuite à noter "monter, descendre". Un Yogi devrait toujours avoir la plus grande considération pour l'exercice, et effectuer celui-ci avec toute l'attention qui lui est due de telle manière qu'on puisse le confondre avec un aveugle.

A cet égard, certaines femmes Yogi se sont avérées absolument parfaites. Elles ont effectué soigneusement l'exercice, en toute révérence, conformément aux instructions. Elles se sont comportées calmement, et se sont toujours fermement concentrées sur les objets de contemplation. Elles n'ont jamais regardé autour d'elles.

En marchant, elles se sont toujours concentré sur leurs pas. Ceux-ci étaient légers, souples et lents. Tout Yogi devrait suivre leur exemple.

  • Un sourd n'écoute pas les sons et les paroles.

Il est également nécessaire que le Yogi se comporte comme une personne sourde. Généralement, dès qu'une personne entend un bruit, elle se retourne et regarde dans la direction d'où le bruit est venu. Ou bien elle se tourne vers la personne qui lui parle pour lui répondre. Elle ne se comporte pas avec calme. En revanche, quelqu'un de sourd a un comportement serein : il ne prête pas attention au bruit ou aux conversations, parce qu'il ne les entend jamais. De même, le Yogi doit se comporter sans prêter attention aux conversations sans importance, et il ne doit pas délibérément prêter l'oreille aux paroles et aux discours. S'il lui arrive d'entendre un son ou des paroles, il doit aussitôt noter mentalement "entendre, entendre". Il devrait effectuer sa contemplation avec fermeté, de manière qu'on puisse le confondre avec quelqu'un de sourd.

Il est nécessaire de rappeler que la pratique intense de la contemplation est "l'unique souci" du Yogi ; les choses qu'il peut voir ou entendre ne le concernent pas. Il ne doit pas leur accorder d'attention, même si elles lui semblent étranges ou curieuses. Quelle que soit la chose qu'il voit, il doit l'ignorer, comme s'il ne la voyait pas ; même chose dans le cas de voix ou de sons, le Yogi doit les ignorer comme s'il ne les entendait pas. Quand il s'agit d'actions corporelles, il doit agir avec lenteur et douceur, comme s'il était malade ou très faible.

  • Se lever, se tenir debout, marcher, s'asseoir, s'allonger en notant.

C'est pourquoi il est recommandé que l'action de lever le corps pour le mettre en position debout s'effectue avec lenteur. Lorsqu'on arrive en position droite on doit noter "debout, debout"; si, le cas échéant, on regarde autour de soi, on note "regarder, voir" ; et lorsqu'on marche, chaque pas doit être noté "pied droit, pied gauche" ou "marcher, marcher". A chaque pas, l'attention doit être fixée sur le mouvement, depuis le moment on l'on lève le pied jusqu'au moment où on le pose. Lorsqu'on marche à pas rapides, ou que l'on fait une longue promenade, il suffit de noter à chaque pas "pied droit, pied gauche" ou "marcher, marcher". Lorsqu'on marche lentement, chaque pas peut être divisé en trois parties, par exemple, "lever, étendre, poser"respectivement. Au début de l'exercice, on doit noter deux sections pour chaque pas : "lever" en fixant l'attention sur le mouvement ascendant de la jambe du commencement jusqu'à la fin du mouvement, et "poser" en fixant l'attention sur le mouvement descendant. Ainsi, l'exercice qui débute avec le premier pas en notant "lever, poser" se termine. On peut mentionner ici qu'au moment de noter "poser" lorsqu'on pose le pied au cours du premier pas, l'autre pied se lève généralement pour commencer le pas suivant. Il ne faut pas laisser cela se produire. Le pas suivant doit commencer seulement après la fin du premier pas; ainsi, "lever, poser" pour le premier pas, et "lever, poser" pour le suivant. Au bout de deux ou trois jours, cet exercice deviendra plus facile, et le disciple devra l'effectuer en notant à chaque pas les trois sections: "lever, étendre, poser". Pour l'instant, il devra commencer l'exercice en notant "pied droit, pied gauche" ou "marcher, marcher" s'il marche vite, et "lever, poser" s'il marche lentement.

Au cours de la marche, le Yogi peut ressentir le besoin de s'asseoir. Il doit alors noter "désirer, désirer" ; s'il regarde, "regarder, voir" ; en allant s'asseoir, "lever, poser" ; en s'arrêtant, "s'arrêter, s'arrêter" ; en tournant, "tourner, tourner" ; lorsqu'il ressent le besoin de s'asseoir, "désirer, désirer".

Au cours de l'action de s'asseoir, une lourdeur se produit dans le corps, ainsi qu'un mouvement vers le bas. On doit fixer l'attention sur ces facteurs, et noter mentalement "assis, assis". Après l'action de s'asseoir viennent les mouvements qui consistent à placer les mains et les jambes en position. Pour ceux-ci, on doit noter "bouger, plier, étendre, etc.". S'il n'y a rien d'autre à faire, et s'il est tranquillement assis, le Yogi doit revenir à l'exercice habituel et noter "monter, descendre".

Si au cours de la contemplation, le Yogi ressent de la douleur, de la fatigue, ou s'il a trop chaud, il doit alors noter chaque état d'esprit et reprendre ensuite l'exercice "monter, descendre". S'il a sommeil, il doit noter "somnolence, somnolence", et continuer en notant tous les actes qui préparent à l'action de s'allonger, de disposer les mains et les jambes: "lever, presser, bouger, supporter"; lorsqu'il incline le corps: "incliner, incliner"; lorsqu'il étend les jambes, "étendre, étendre" ; et lorsque le corps s'affaisse et demeure étendu, "étendu, étend ".

  • Ananda devient Arahat au cours du simple geste de s'allonger.

Ces actes insignifiants qui constituent l'action de s'allonger sont également importants et on ne doit pas les négliger. Toute possibilité d'atteindre l'illumination en un laps de temps aussi restreint existe. Lorsque "Samādhi" et "Ñāna" sont pleinement développés, on peut atteindre l'illumination à l'instant même où l'on se penche ou où l'on s'étend. A cet égard, le Sage Vénérable Ananda de jadis, réalisa l'état de sainteté au moment même où il s'allongeait.

Vers le début du quatrième mois après le "Mahā-parinibbāna" du Seigneur Bouddha, il fut décidé de réunir le premier "Sangayana". Par "Sangayana", on entend le conseil des Bikkhu (moines) qui ensemble ont classé, étudié, corroboré et récité tous les enseignements du Seigneur Bouddha. A l'époque, cinq cents moines avaient été choisis pour ce travail. Parmi eux, quatre cent quatre-vingt-dix-neuf étaient des Arahat (Saints), alors que seul le Vénérable Ananda était un "Sotāpanna". Pour participer au conseil en qualité d'Arahat, au même niveau que les autres, le Vénérable Ananda concentra tous ses efforts sur la méditation, un jour avant l'ouverture du Conseil. C'était vers la fin du mois de "Savana" (août). Il pratiqua la contemplation de "Kāya-gata-sati" connu également comme "Kāya-nupassanā-Satipatthāna", et marcha toute la nuit. Peut-être utilisa-t-il une méthode semblable à celle mentionnée plus haut et nota-t-il "pied droit, pied gauche" ou "marcher, marcher". Ainsi, resta-t-il absorbé dans une intense contemplation des processus mentaux et matériels constituant chaque pas jusqu'à l'aube du matin suivant. Mais il n'avait pas encore atteint la Sainteté.

Alors le Vénérable Ananda pensa: "J'ai fait tout ce que je pouvais. Le Seigneur disait souvent: "Ananda, vos "Pārami" sont pleinement développées. Continuez à pratiquer la méditation. Un jour vous réussirez certainement à atteindre la Sainteté". J'ai fait du mieux que je pouvais, de sorte que l'on peut me compter parmi ceux qui ont donné leur maximum en matière de contemplation. Quelle est donc la raison de mon échec? Alors, il se rappela ceci : "Ah ! J'ai manifesté trop de zèle en me concentrant uniquement sur l'exercice de la marche, au cours de la nuit. Il y avait trop de "Viriya" et pas assez de "Samādhi", ce qui a entraîné certainement l'état de "Uddhacca" (agitation). Il faut maintenant que je cesse de marcher, afin d'amener "Viriya" au même niveau que "Samādhi", et que je poursuive la contemplation en position allongée". On dit que le Vénérable Ananda atteignit l'état de Sainteté au moment où il s'allongea, ou plutôt où il contempla "allongé, allongé".

Cette manière d'atteindre la Sainteté est rapportée dans les Commentaires comme un événement étrange, car elle est étrangère aux quatre postures régulières : marche, station debout, position assise et position allongée. A ce moment précis, on ne pouvait pas considérer que le Vénérable Ananda était à strictement parler en position debout, car ses pieds ne reposaient pas sur le plancher, ni qu'il était en position assise, car son corps était incliné près de l'oreiller, ni qu'il était couché, car sa tête n'avait pas touché l'oreiller et que son corps ne reposait pas complètement à plat. Comme le Vénérable Ananda était un "Sotāpanna", il lui restait encore à atteindre trois autres stades supérieurs de développement : "Sakadāgāmi Magga" et "Phala", "Anāgāmi Magga" et "Phala", et finalement "Arahatta Magga" et "Phala". Cela ne prit qu'un instant seulement, Il est donc nécessaire de pratiquer la contemplation sans relâche ni omission.

  • Noter en position allongée.

Au cours de l'action de s'allonger, la contemplation doit être pratiquée avec grand soin. Lorsque le Yogi a sommeil et qu'il veut se coucher, il doit noter "somnolent, somnolent, désirer, désirer" ; lorsqu'il lève la main "lever, lever" lorsqu'il s'étend, "étendre, étendre" ; lorsqu'il touche, "toucher, toucher" ; lorsqu'il presse, "presser, presser" ; après avoir incliné le corps vers l'arrière, et au moment de l'allonger, "allongé, allongé" ; l'action de s'allonger doit s'effectuer très lentement. En touchant l'oreiller, il doit noter, "toucher, toucher"; il y a de nombreux points de contact sur l'ensemble du corps, mais il suffit de noter chacun une fois. En position allongée, plusieurs actions sont nécessaires pour placer les jambes et les mains en position. Ces actions doivent être notées soigneu­sement : "lever, étendre, plier, bouger", et ainsi de suite. En tournant le corps, il faut noter "tourner, tourner", et lorsque rien de spécial ne se produit, il faut reprendre l'exercice habituel "monter, descendre". Lorsqu'on repose sur le côté ou sur le dos, il n'y a généralement aucune chose particulière à noter, et il faut poursuivre l’exercice ordinaire.

Mais il se peut parfois que l’esprit vagabonde tandis que l’on se trouve en position couchée. Pour cet état d'esprit vagabond, il faut noter "partir, partir" lorsqu'il part, "arriver, arriver" lorsqu'il atteint un endroit, "avoir l'intention, réfléchir, etc. " pour chaque état d'esprit, comme dans le cas de la contemplation en position assise. L'état d'esprit généralement disparaît lorsqu'on le note une fois ou deux. On reprend alors l'exercice habituel "monter, descendre". Il se peut également que l'on avale ou que l'on crache de la salive, ou bien que l'on ressente des sensations douloureuses, des sensations de chaleur, des démangeaisons etc. : il peut y avoir également des exemples d'actions corporelles lorsqu'on change de posture ou lorsqu'on bouge les membres. Tous ces éléments doivent être contemplés à mesure qu' ils se manifestent. (Lorsqu'on a atteint un "Samādhi" suffisamment fort, il devient même possible de contempler chaque acte qui consiste à ouvrir et à fermer les paupières et à cligner de l’œil). On revient ensuite à l'exercice habituel lorsqu'il n'y a rien d'autre à faire.

  • Pratiquer pendant la nuit. L'effort et la persévérance, dosage de "Viriya" et de "Samadhi".

Bien qu'il soit tard dans la nuit, et que ce soit l'heure de dormir, il n'est pas conseillé d'abandonner la contemplation pour aller dormir. Celui qui est profondément intéressé par la contemplation doit être préparé à faire face au risque de passer de nombreuses nuits sans dormir.

Les textes sacrés insistent sur la nécessité de développer les qualités même de "Catu-ranga Viriya" (énergie constituée de quatre membres) dans la pratique de la méditation. Au cours de cette dure bataille, on peut se retrouver réduit à l'état de squelette, avec la peau, les os et les tendons, lorsque la chair et le sang se dessèchent, mais on ne doit pas ralentir ses efforts aussi longtemps que l'on n'a pas atteint ce qui peut être atteint essentiellement par la persévérance, l'énergie et le travail. Ces instructions doivent être suivies avec beaucoup de détermination. On peut rester éveillé si "Samādhi" est suffisamment fort pour tenir le sommeil à distance, mais on succombera au sommeil si ce dernier devient le plus fort. Lorsqu'on se sent somnolent, on doit noter "somnolent, somnolent" ; lorsque les paupières tombent, "tomber, tomber" ; lorsque les paupières sont lourdes, "lourd, lourd" ; lorsqu'on sent ses yeux aveuglés, "aveuglés, aveuglés" ; une fois la contemplation effectuée de la manière prescrite, on doit pouvoir secouer toute somnolence et se sentir revigoré. On doit noter cette sensation par "revigoré; revigoré", et revenir ensuite à la note habituelle "monter, descendre". Pourtant, en dépit de sa propre détermination, on peut se sentir incapable de rester éveillé si l'on est très fatigué. Il est plus facile de céder au sommeil en position couchée.

Le débutant doit donc essayer de rester en position assise, ou marcher.

Néanmoins, tard dans la nuit, il sera obligé de s'allonger et de procéder à la contemplation de "monter, descendre". Il se peut que, dans cette posture, il s'endorme. Pendant le sommeil, il est impossible de poursuivre la contemplation. Cet intervalle permet au Yogi de se détendre. Une heure de sommeil lui procurera une heure de relaxation, et s'il continue de dormir pendant deux, trois ou quatre heures, la relaxation sera en conséquence plus prolongée. Mais il n'est pas recommandé qu'un Yogi dorme plus de quatre heures, période de temps suffisamment longue pour un sommeil normal.

  • Noter dès le réveil.

Lorsqu'il se réveille, le Yogi doit entreprendre sa contemplation dès le réveil. Être totalement occupé par une contemplation intense au moment de son réveil, constitue la routine du Yogi qui travaille avec assiduité, et qui aspire sincèrement à “Magga” et “Phala”. S'il n'est pas capable de saisir le moment même du réveil, il devra commencer en notant "monter, descendre". Ou s'il prend d'abord conscience du fait de réfléchir, il devra commencer sa contemplation en notant "réfléchir, réfléchir", et revenir ensuite à l'exercice habituel. S'il est d'abord conscient d'entendre une voix ou un son, il devra commencer en notant "entendre, entendre" et revenir à "monter, descendre". Dès que l'on se réveille, des actions corporelles peuvent se manifester lorsqu'on se tourne d'un côté à l'autre, que l'on bouge les mains et les jambes etc. On doit contempler ces actions par ordre successif. Si le Yogi prend conscience de l'état d'esprit qui mène aux différentes actions physiques, il devra commencer sa contemplation en notant, en premier lieu, l'état d'esprit. S'il prend d'abord conscience des sensations douloureuses, il devra commencer par noter les sensations douloureuses, puis les actions corporelles. S'il reste tranquillement sans bouger, il devra effectuer l'exercice "monter, descendre".

S'il a l'intention de se lever, il devra noter "intention, intention", et noter ensuite toutes les actions qui consistent successivement à mettre les jambes et les mains en position. En levant le corps, il devra noter "lever, lever", et "assis, assis" lorsque le corps sera droit en position assise, et s'il y a d'autres actions au cours de l'acte qui consiste à mettre les mains et les jambes en position, elles devront également être notées. Si aucune chose particulière ne se manifeste, il devra continuer à pratiquer l'exercice "monter, descendre".

Jusqu'à présent, on a mentionné des choses qui se rapportent aux objets de contemplation en fonction des quatre postures et des changements d'une position à l'autre. Il s'agit là simplement d'une description générale des objets importants de la contemplation à effectuer au cours de la pratique. Néanmoins, en début de la pratique, il sera difficile de tous les suivre pendant la contemplation. Il y aura beaucoup d'omissions. Mais lorsque "Samādhi" sera devenu suffisamment fort, il sera facile de suivre au cours de la contemplation non seulement les objets déjà énumérés mais bien d'autres encore. Avec le développement progressif de "Sati" et "Samādhi", le rythme de "Ñāna" s'accélère, et ainsi un plus grand nombre d'objets peuvent être perçus. Il faut travailler dur pour atteindre ce niveau élevé.

  • Après avoir examiné la façon de noter les 4 postures et le passage de l'une à l'autre, on poursuit par l'action de prendre un repas et celle de se promener en marchant.

On doit également pratiquer la contemplation lorsqu'on se lave le visage le matin, ou lorsqu'on prend un bain. Comme dans ces cas là, il est indispensable d'agir vite, la contemplation devra être poussée aussi loin que possible. En étendant la main pour saisir le pot à eau, on notera "étendre" ; en saisissant le pot, "saisir" ; en plongeant le pot dans l'eau, "plonger" ; en rapprochant le pot du corps, "rapprocher" ; en versant l'eau, "verser" ; en ressentant le froid, "froid" ; en frottant, "frotter" et ainsi de suite. Le fait de changer de vêtement ou d'arranger celui-ci comporte également de nombreuses actions de même lorsqu'on fait son lit, lorsqu'on ouvre la porte etc. Il faut contempler ces actions en détail, les unes après les autres, autant que possible.

Lorsqu'on prend un repas, la contemplation devra débuter au moment où l'on regarde la table : "regarder, voir, regarder, voir" ; lorsqu'on tend la main vers l'assiette: "tendre, tendre" ; lorsque la main touche la nourriture: "rassembler, rassembler" ; lorsqu'on prend la nourriture: "prendre, prendre" ; après avoir levé la main pour l'amener vers le haut: "amener, amener" ; lorsqu'on courbe le cou "courber, courber" ; lorsqu'on place la nourriture dans la bouche: “placer, placer”; lorsqu'on retire la main : "retirer, retirer" ; lorsque la main touche l'assiette, "toucher, toucher" ; lorsqu'on redresse le cou, "redresser, redresser" ; lorsqu'on mâche la nourriture, "mâcher, mâcher" ; lorsqu'en mâchant on reconnaît le goût de la nourriture: "reconnaître, reconnaître" ; lorsque l'on aime la saveur: "aimer, aimer" ; lorsqu'on la trouve agréable: "agréable, agréable" ; lorsqu'on avale: "avaler, avaler". Ceci est une illustration de la routine du travail de contemplation pour chaque morceau de nourriture, jusqu'à ce que le repas soit terminé. Dans ce cas également, il sera difficile de suivre toutes les actions dès le début de la pratique. Il y aura de nombreuses omissions. Il ne faudra, cependant, pas hésiter à tenter de suivre, dans la mesure du possible, la série d'actions successives. A mesure que l'on progressera dans la pratique, il deviendra plus facile de noter un nombre d'actions plus élevé que celui mentionné ici.

Les leçons concernant l'exercice pratique de contemplation sont maintenant presque complètes. Comme elles sont expliquées en détail et en longueur, il n'est pas aisé de toutes se les rappeler. Afin de mieux les mémoriser, un résumé des points importants et essentiels sera à nouveau donné. Ces points sont peu nombreux.

Lorsqu'il se promène, le Yogi doit contempler les mouvements de ces pas. Lorsqu'il marche avec rapidité, à chaque pas, il doit noter "pied droit, pied gauche" respectivement. L'esprit doit être fermement concentré sur les mouvements qui constituent chaque pas. Lorsqu'il marche lentement, il doit noter chaque pas par section : "lever, poser; lever, poser". Lorsqu’il est assis, il doit effectuer l'exercice habituel de contemplation en notant les mouvements de l'abdomen : “monter, descendre ; monter, descendre”. De la même manière, il doit noter "monter, descendre; monter, descendre" lorsque le corps est en position allongé.

Si l'on constate que l’esprit vagabonde lorsqu'on est en train de noter "monter, descendre", il ne faut pas le laisser s'évader mais il faut le suivre aussitôt. Lorsqu’on imagine, on doit noter "imaginer, imaginer" ; lorsqu’on pense, on note "penser, penser" ; lorsque l'esprit s’en va, "partir, partir" : lorsque l'esprit arrive dans un endroit, "arriver, arriver" et ainsi de suite pour chaque manifestation. Et l'on revient ensuite à l'exercice habituel: "monter, descendre".

Lorsqu'on ressent une sensation de fatigue dans les mains, les jambes, ou dans d'autres parties des membres, lorsqu'on ressent de la chaleur, des picotements, de la douleur, ou des démangeaisons, on doit immédiatement suivre ses sensations et noter: "fatigué, chaud, picotement, douloureux, démangeaison, etc." selon le cas. Et l'on recommence à noter "monter, descendre". Pour l'acte de plier ou d'étendre les mains et les jambes, ou de bouger le cou ou les membres, ou de balancer le corps d'avant en arrière, on doit les suivre et les noter par ordre successif. Puis on reprend l’exercice habituel.

  • En conclusion : au début l'esprit préfère vagabonder au lieu de noter, mais à force d'être découvert, il notera de plus en plus pour percevoir qu'il n'y a personne qui note ni qui est noté.

Voilà donc le résumé. Tous les autres objets que l'on devra contempler par la suite au cours de l'entraînement seront mentionnés par les maîtres de méditation, lorsque ceux-ci donnent leurs leçons au cours de l'examen de routine quotidien des disciples. Si la pratique est effectuée de la manière indiquée, le nombre des objets augmentera progressivement. Il y aura d'abord de nombreuses omissions car l'esprit a été accoutumé à vagabonder sans contrainte. Le Yogi ne devra, néanmoins, pas perdre courage à cause de cela. C'est une difficulté que l'on rencontre généralement au début de l'entraînement. Après quelque temps, l'esprit ne peut plus faire l'école buissonnière, car il est découvert chaque fois qu'il tente de s'échapper. Il reste donc fixé sur l'objet vers lequel il est dirigé. Lorsque "monter" se manifeste, l'esprit en prend note, et ainsi l'objet et l'esprit coïncident ; de même lorsque "descendre" se manifeste, l'esprit le note, et l'un et l'autre coïncident. Il y a toujours le couple objet-esprit qui connaît l'objet, chaque fois qu'une note mentale est faite. Ces deux éléments, l'objet matériel et l'esprit cognitif se manifestent uniquement par paires, et en dehors d'eux, il n'existe rien d'autre, que ce soit sous la forme d'une personnalité ou sous celle d'un moi. Ce fait sera perçu personnellement, le moment venu.

Le fait que la matière et l'esprit sont deux choses distinctes sera clairement perçu lorsqu'on notera "monter, descendre". Les deux éléments - matière et esprit - forment une paire, et leurs manifestations coïncident, c'est-à-dire que le processus matériel de "monter" coïncide avec l'esprit qui le connaît, et les processus de "lever, pousser, poser" coïncident avec les états d'esprit respectifs qui les connaissent. Cette connaissance du fait que l'esprit et la matière apparaissent séparément est "Nama-rupa-Pariccheda-Ñāna". Ceci constitue le stade préliminaire que ce premier stade soit "Vipassanā Ñāna". Il est important que ce premier stade soit développé de la manière appropriée.

  • Les progrès et l'aboutissement de la contemplation : la connaissance de Dukkha, Anicca et Anatta et l'Entrée dans le Courant.

En continuant pendant un certain temps la pratique de la contemplation, on enregistra un progrès considérable de "Sati" et de "Samādhi". A ce niveau élevé, il deviendra possible de percevoir que chaque processus apparaît et disparaît tout aussitôt, lorsqu'on fera une note mentale. D'autre part, les gens qui sont dans l'ignorance, croient généralement que le corps et l'esprit restent toujours identiques au cours de la vie ou de l'existence, que le corps de l'enfance est le même que celui de l'âge mûr, et que le corps et l'esprit ne sont qu'une seule et même personne. En vérité, il n'en est pas ainsi. Rien n'est permanent. Toute chose se manifeste un instant, puis disparaît. Rien ne subsiste ne serait-ce que l'espace d'un instant. Les changements se produisent extrêmement rapidement, et le moment venu, on peut les percevoir. Lorsqu'au cours de la contemplation, on note "monter, descendre" etc., on peut percevoir que ces processus apparaissent et disparaissent généralement l'un après l'autre, en succession extrêmement rapide. En percevant ainsi que chaque chose disparaît au moment même où il la note, le Yogi est convaincu que rien n'est permanent. Cette connaissance de l'état d'impermanence des choses est "Aniccanupassanā- Ñāna".

Le Yogi ressent que cet état des choses en constante mutation est bouleversant et qu'il n'est pas souhaitable. Ceci est « Dukkhanupassanā-Ñāna ». Le fait que l'on soit également affecté de nombreuses sensations douloureuses est considéré comme un véritable monceau de souffrance. Ceci est également « Dukkhanupassanā-Ñāna ».

On perçoit ensuite que les éléments de matière et d'esprit ne suivent jamais notre volonté, mais qu'ils se manifestent conformément à leur propre nature et conditionnement. Alors qu'il est engagé dans l'acte de noter les processus, le Yogi est convaincu que ceux-ci ne sont pas contrôlables et qu'ils ne sont ni une personnalité, ni une entité vivante, ni un moi au sens véritable du terme. Ceci est "Anattanupassanā-Ñāna.

Lorsqu'un Yogi a parfaitement développé "Anicca, Dukkha et Anatta Ñāna", "Nibbāna" se réalise. Depuis des temps immémoriaux, les Bouddha, Arahat et Ariya ont réalisé "Nibbāna" au moyen de "Vipassanā". "Vipassanā" est la voie supérieure qui mène à "Nibbāna". En fait, "Vipassanā" est constituée par les quatre "Satipatthāna" (Établissement de l'Attention) ; et "Satipatthāna" est donc la Voie qui mène à "Nibbāna".

Des Yogi viennent maintenant suivre le cours d'entraînement à la méditation au Centre de Méditation. Il faut garder à l'esprit qu'ils ont emprunté la Voie choisie par les Bouddha, les Arahat et les Ariya. Cette occasion leur est offerte apparemment en raison de leur "Parami", de leurs tentatives de recherche précédentes, et aussi de leur condition présente de maturité. Leur cœur devrait se réjouir d'avoir su saisir cette occasion. Ils devraient également être assurés qu'en parcourant ce sentier sans vaciller, ils obtiendront l'expérience personnelle d'un "Samādhi" et "Ñāna" hautement développés, déjà connus des Bouddha, des Arahat et des Ariya. Ils développeront un "Samādhi" d'une extrême pureté, jamais connu au cours de leur existence et ainsi pourront-ils jouir de maints plaisirs innocents, conséquence d'un "Samādhi" avancé.

Ils apprendront aussi à connaître de manière pratique, "Anicca, Dukkha et Anattā", en ayant une expérience personnelle directe des faits réels, et "Nibbāna" sera alors réalisé par suite du développement complet de ces connaissances. Cela ne prendra pas longtemps pour atteindre l'objectif, un mois, peut-être, ou vingt jours, ou quinze; en de rares occasions, sept jours seulement pour certains Yogi chez qui "Parami" est extraordinaire.

Les Yogi devront donc procéder à la pratique de la contemplation avec enthousiasme, et en toute confiance, convaincus que celle-ci les mènera sûrement au développement de "Magga" et "Phala Ñāna" , et à la réalisation de "Nibbāna". Ils seront alors libérés de "Sakkaya-ditthi " et de "Vicikicchā (doute sceptique), et ils ne seront plus jamais soumis au cycle des re-naissances dans une existence misérable : en enfer, sous la forme d'un animal ou d'un peta.

Puissent les Yogi réussir dans leur noble tentative.

Mahasi Sayadaw 16, Hermitage Road Rangoon, Birmanie

Rédigé par Christian Galliou

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