Pleine Conscience et Vipassana

Les Quatre Nobles Vérités du Bouddha.

Qui que nous soyons, jeune ou vieux, homme ou femme, et quelle que soit notre condition du moment, riche ou pauvre, malade ou bien-portant, chacune et chacun de nous aspire à une existence meilleure, plus plaisante et agréable.

Cette aspiration est présente tout au long de notre vie et se manifeste à chaque instant. Comment répondre à cette insatisfaction permanente, à ce mal-être ? Quels moyens efficaces et durables choisir pour faire cesser cette soif insatiable ?  Bref, comment devenir heureux ?

Et si cette question était la grande énigme de notre vie ?

Pour trouver une réponse satisfaisante à cette question, les auteurs de ces lignes se sont tournés, depuis près de quarante ans déjà, vers la proposition faite il y a 2.500 ans, dans l'Inde actuelle, par un sage, un Bouddha. Connu sous le nom des Quatre Nobles Vérités, il s’agit  d’un processus d’évolution personnelle basé sur quatre piliers : un constat, une cause, un résultat et la méthode pour parvenir à ce résultat.

Le constat : l’existence est douloureuse (Dukkha dans les textes anciens), empreinte de  mal-être, dominée par l’avidité, la répulsion et l'ignorance.  
 La cause : c’est l’insatisfaction sans cesse renouvelée des désirs et qui trouve sa cause dans l'ignorance de la réalité de ce que nous sommes. 
 Le résultat : l’établissement durable d’une existence heureuse grâce à la fin de l’ignorance.
La méthode : l’effort  quotidien pour expérimenter jusqu’à son aboutissement un ensemble cohérent de huit processus clairement définis. Son nom : l’Octuple Sentier.

                  La « Roue du Dhamma ». Elle symbolise l’Octuple Sentier, exposé au Parc des Gazelles à Bénarès par le Bouddha après son Eveil,  vers  500 av. J.C.  Selon la tradition, cet évènement marque le début de son enseignement.  

                                                                                                                                                                                                                                                                         L’Octuple Sentier.

Cet ensemble octuple est foncièrement basé sur l’Effort juste, l’Attention juste et la Concentration juste, activités en interaction avec cinq autres que nous détaillons ci-après.

La triple association effort-attention-concentration est utilisée depuis quelques années  par des soignants avec des résultats remarquables, tant en milieu hospitalier pour soulager la douleur psychique des patients, que professionnel, pour traiter les problèmes liés au stress en entreprise. La plus connue de ces méthodes  est le MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction) ou « Réduction du stress basée sur la pleine conscience », utilisée par des centaines de cliniques et centres médicaux aux Etats-Unis et dans le monde. Son auteur, Jon Kabat Zinn, œuvre aujourd’hui pour un dialogue entre la science et le bouddhisme. Ces méthodes prônent par ailleurs l’éthique et la bienveillance, valeurs communes à la plupart des courants de développement spirituel s’exerçant ou non dans un cadre religieux.

De bons résultats sont donc obtenus grâce à l’application de trois des huit principes actifs du remède préconisé par le Bouddha, à savoir effort-attention-concentration.

Qu’en est-il de l’application du remède complet et de ses huit principes actifs ?

 

 L’ignorance comme source de tous nos maux.

S’efforcer à pratiquer l’attention et la concentration soulage la douleur de notre existence. Mais, selon l’enseignement du Bouddha, cela ne suffit pas. De même, s’efforcer de respecter les principes élémentaires d’éthique, pas plus que de développer des états d’esprit et des pensées bienveillants. Ces conditions sont nécessaires au soulagement de la douleur, mais, et c’est le plus important, pas suffisantes. La fin définitive de la douleur, qui constitue le but essentiel de l’enseignement du Bouddha, est conditionnée par l’intégration de ces facteurs à la Compréhension juste.

 

Voici les huit "composants" du remède proposé par le Bouddha :

  1. Compréhension juste
  2. Pensée juste
  3. Parole juste
  4. Action juste
  5. Moyens d’existence justes
  6. Effort juste
  7. Attention juste
  8. Concentration juste

 On a l’habitude de classer ces huit « Pas du Sentier » en trois catégories indissociables entre elles : sīla-samādhi-paññā en pāli.

  • L’éthique (sīla) regroupe 3-4-5 : Parole juste, Action juste, Moyens d’existence justes.
  • La discipline mentale (samādhi) regroupe 6-7-8 : Effort juste, Attention juste, Concentration juste.
  • La connaissance (paññā) regroupe 1-2 : Compréhension juste, Pensée juste.

 

Tout l’enseignement du Bouddha repose sur la découverte que la douleur (dukkha) a pour origine une compréhension erronée de ce que nous sommes. Celle-ci produit la croyance illusoire et fausse de l’existence d’un « moi » et d’un « à moi ».

La mise en œuvre de l’Octuple Sentier par chacun a pour but de faire la même découverte que le Bouddha, celle de la réalité de ce que nous considérons comme « moi ». Et la conséquence de cette découverte est la libération définitive de la douleur et du mal-être.Le mécanisme de dukkha (la douleur) peut être représenté par ce schéma :

Ignorance => croyance en un moi => soif insatiable => existence douloureuse.

Lorsque les conditions sont réunies, une conscience apparaît, associée à un objet des six sens, les processus de l’esprit (pensées, intentions, mémoires, etc.) étant classés comme objets d’un sens, le « mental ». Lorsque ces conditions ne sont plus réunies, cette conscience finit par disparaître, et une autre conscience apparaît à son tour, passe, et disparaît elle aussi. La vitesse des apparitions et disparitions est extrêmement rapide.

Ce flux d’apparitions et de disparitions est l’une des trois caractéristiques de l'existence, la première d'entre elles étant donc l’absence de permanence (anicca en pāli). Le seconde caractéristique découle de la première: l’absence d’être permanent, ego, moi, âme éternelle (anattā). Quant à la troisième, la douleur (dukkha), elle est produite par la recherche infructueuse de satisfaire les trois désirs de l’être ignorant que nous sommes : désirs liés aux six sens, désir d’exister et de devenir –même après la mort du corps, et son opposé, le désir de non-existence et de non-devenir. Cette « soif » (ta en pāli) cherche à saisir l’objet des sens associé à chaque conscience comme étant « à moi » pour s’y attacher, ou, au contraire, pour le rejeter. Et « dukkha » apparaît aussitôt.

La notion de "dukkha" exposée par le Bouddha revêt plusieurs sens et est mieux développée dans cet article.

Ces trois caractéristiques de notre réalité sont donc :

  • La nature éphémère, évanescente, de tout phénomène corporel ou mental, et sa conséquence, l’absence de permanence, de continuité (anicca).
  • L’absence de « substance propre », moi, ego, âme, etc. (anattā).
  • L’existence douloureuse, le mal-être (dukkha).

 

Dans la réalité, il n’y a pas de « moi », ni donc de « à moi » : cet énoncé de la réalité par le Bouddha a de quoi heurter nos esprits. Les textes disent que celui-ci avait hésité à faire part de sa découverte, tellement celle-ci paraîtrait irrecevable à beaucoup de ceux qui en entendraient parler. A chacun de voir ! Quant à ceux qui se lanceraient dans l’aventure, il leur demandait de ne pas croire en ses paroles, mais de les soumettre à l’épreuve de leur propre expérience.

Il faut insister, en effet, sur le fait qu'il ne s'agit en rien d'une Révélation à laquelle chacun est tenu de croire, mais d'une découverte expérimentale que chacun est invité à faire.

La pratique :

  1. Distinguer Vipassanā de Samatha

Vipassanā : « Inspection » est la lumière intuitive apparaissant brusquement et révélant la Vérité sur l’impermanence, sur la misère et sur l’impersonnalité de tous les phénomènes corporels et mentaux de l’existence »…/… « est un terme identique à l’intelligence (paññā) ».

Samatha : « Tranquillité » est un synonyme de samādhi (concentration), de citt’ekadgatā (unicité d’esprit) et d’avikkhepa (non-dispersion). Vocabulaire pali-français des termes bouddhiques - Nyanatiloka - Ed. Adyar.

Samatha, une fois établi dans sa totalité, induit des états d’absorption (jhāna - dhyāna en sanscrit). Vipassana est pratiqué en association avec Samatha par alternance variable.

Alors que la pratique de Samatha est caractérisée par la fixité de l’esprit sur un seul objet choisi par avance, le mouvement de la respiration par exemple, la pratique de Vipassana consiste en la concentration momentanée de l’esprit sur la conscience prédominante présente. Si Samatha peut être utilisé comme méthode d’approche, seul Vipassanā peut conduire au but, la fin de l’ignorance.

  1. La méthode : Satipaṭṭhāna.                                                                                               "Ceci est la seule voie pour la purification des êtres, pour la victoire sur le chagrin et la lamentation, pour la destruction de la douleur, pour atteindre le sentier juste, pour l'atteinte du Nibbāna, à savoir les Quatre établissements de l'Attention".

Ces paroles attribuées au Bouddha figurent dans les toutes premières lignes du "Grand Discours sur l’établissement de l’attention, Mahā-Satipaṭṭhāna-Sutta". Cet ouvrage fondamental a fait l’objet de nombreux commentaires, dont ceux consignés dans un ouvrage en pali conservé à Ceylan (Sri-Lanka) et traduit en anglais par le Vénérable Soma Mahathera dans un livre paru à Colombo en 1949. Celui-ci a traduit son titre d’origine par « The way of  Mindfullness ». Dans ce titre, le dernier terme, Mindfullness, correspond à Satipaṭṭhāna, lui-même traduit en français par Pleine Conscience.

  1. De quelle attention s’agit-il ?

S’agissant de connaître l’esprit et de l'éduquer dans le but de le libérer, la qualité de l’attention est d’ordre primordial.

L’attention sert habituellement à l’acquisition de données pour leur mémorisation afin de faciliter l’obtention de biens ou de plaisirs d’ordre ordinaire, ainsi que de puissance et de sécurité.

Le travail consistera à développer et intensifier l’Attention Juste « sammā-sati », appliquée à chaque conscience telle qu’elle apparaît: conscience visuelle, ou auditive, gustative, olfactive, tactile, mentale. Si une intention d’obtention de profit « pour moi » apparaît, elle entre aussitôt dans le champ de l’attention exactement comme n’importe quel autre objet sensoriel. L’effet de cette notation neutre est la Vision pénétrante, Vipassanā, de la réalité de tout phénomène, de l’absence de permanence, de substance propre et d’apparition de la douleur. Ce sera un pas de plus vers la fin de l’ignorance et de la libération finale de la douleur « dukkha ».  

Sur un plan plus ordinaire de la vie quotidienne, familiale et professionnelle, il est bien évident que le développement de l’Attention apportera de surcroit des effets bénéfiques immédiats.

d. Sur quels objets se porte l’attention ?                  

"1) le corps (chaleur, dureté, fluidité, cohésion: feu, terre, air, eau .n.d.r.)

 2) les sensations (agréables, désagréables ou neutres, n.d.r.)

 3) l’état d’esprit, c’est-à-dire l’état d'esprit général à un moment donné

 4) les objets mentaux, c'est-à-dire ce qui est contenu dans la conscience* à un moment donné.

* Comprendre: ce que se manifeste à l'esprit en ce moment précis.

Ce sont les quatre « Contemplations » (anupassanā) formant la division principale du Discours. Elles sont quelquefois appelées les quatre Satipaṭṭhāna, dans le sens d’objets de base de l’Attention, ou Sati." Satipaṭṭhāna Le Cœur de la Méditation Bouddhiste Nyanaponika Thera- Librairie d’Amérique et d’Orient. Adrien Maisonneuve.

 

En guise de conclusion, voici un passage du Saṁyutta-Nikaya, 47,19

De plus, reliant l’amour bienveillant à Satipaṭṭhāna, le Bouddha dit :

« Je me protègerai moi-même avec cette pensée : on doit cultiver l’Etablissement de l’Attention. En se protégeant soi-même, on protège les autres ; en protégeant les autres, on se protège soi-même.

Et comment protège-t-on les autres en se protégeant soi-même ? par la pratique répétée (de l’attention), par son développement méditatif et par son application fréquente.

Et comment se protège-t-on soi-même en protégeant les autres ? par la patience, par une vie non-violente, par l’amour bienveillant et la

compassion ».

Rédigé par Galliou

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