BOUDDHISME, VOUS AVEZ DIT BOUDDHISME?

Publié le 22 Septembre 2014

Quel bouddhisme?

Affirmer l'existence du bouddhisme en tant que tel constitue déjà un paradoxe éclatant si l’on considère la notion clé de l’enseignement du Bouddha, à savoir l’"absence de substance de toute chose" (anattā). Avec cette conséquence directe que le bouddhisme n’existe pas, n’a jamais existé et n’existera jamais !

Mais soit, acceptons ce paradoxe et laissons de côté la réalité absolue pour aborder la vérité relative, ordinaire. De quel bouddhisme parle- t’on ? Du bouddhisme japonais, du bouddhisme thaïlandais, du bouddhisme chinois, du bouddhisme du Sri-Lanka ou de celui du Bhoutan ? Et, dans ces régions, du bouddhisme de quelle époque ? Et, dans la même époque, selon quelle école, et, dans la même école, selon quel maître ? On ne peut parler de bouddhisme en faisant abstraction des conditions de temps et de lieu.

Deuxième interrogation, avons-nous à l’esprit l’image de fidèles pratiquant une sorte de religion très ancrée dans la culture populaire, ou bien celle de méditants engagés sur le chemin de la réalisation des Quatre Nobles Vérités énoncées par le Bouddha ? Ou encore celle de ces adeptes de mouvements nés dans le sillage de ce Premier Enseignement au cours des siècles ? Entre les dévots, qui mêlent dévotion et rituels avec quelques bribes de l’enseignement du Bouddha, et les reclus qui se retirent dans une grotte ou dans une cabane de forêt, l’éventail des pratiques et des croyances qui se réclament du bouddhisme est très divers et très étendu ; voire même contradictoire.

D'aucuns souhaitent l’émergence, dans les siècles à venir, d’un "bouddhisme occidental". On leur opposera la même remarque que pour le "bouddhisme oriental": de quel Occident est-il question? de quelle époque, de quelle école, de quel maître ? Opérer une distinction entre un bouddhisme oriental et un bouddhisme occidental ne revient-il pas à présupposer que dukkha - la douleur, le mal-être - se manifesterait de façon différente en Orient et en Occident ? Ce qui reviendrait à remettre en question la qualité d’universalité du message du Bouddha. C’est oublier que dukkha, existe ici et maintenant, et qu’elle est la même pour chaque être vivant. Le Bouddha n’était pas…bouddhiste ! Pour le Bouddha, l’essentiel était de mettre fin à dukkha, et ce, dans le présent et le futur, ici comme ailleurs.

La pratique sérieuse du Dhamma proposée par le Bouddha conduit progressivement à la cessation de dukkha. Ce résultat est le fruit de vipassanā, ou Vision pénétrante, lors de la pratique de la méditation dite de Pleine Conscience, satipatthāna. Par dukkha s'entendent la peine et l'inquiétude, les lamentations, la souffrance physique et la souffrance mentale, celle-ci comprise dans son sens approfondi. Pour faire court, le Bouddha nous fait observer que "Etre séparé de ce qui nous plaît est dukkha et être en contact avec ce qui nous déplaît est dukkha". Selon le Bouddha, dukkha existe du fait que se manifestent les composants momentanés de ce que notre esprit prend pour un "être" ou une "personne" et que nous donnons à ces phénomènes éphémères une valeur de substance propre et donc durable. A partir de là se crée à chaque instant un désir de saisie et d'appropriation de ces mêmes phénomènes suivi d'une réaction de tentative d'accaparement ou de rejet, source d'une nouvelle insatisfaction et déclanchant une nouvelle envie. Ce désir réapparaît sans cesse, causé par une soif  jamais assouvie du fait de l'incapacité à connaître les caractéristiques fondamentales de la réalité.

Pratiquée en symbiose avec le comportement éthique (sīla), la méditation de "Pleine Conscience-Satipaṭṭhāna" permet à cet éveil de se réaliser. Cet éveil-connaissance est celui des trois caractéristiques de la réalité, à savoir:

  1. l'absence de permanence des phénomènes physiques et mentaux (anicca),
  2. l'absence de substance propre dans ceux-ci (anattā)
  3. leur caractère insatisfaisant et douloureux (dukkha).

Le processus menant à cette cessation progressive de dukkha est opéré par une purification des perturbations mentales (kilesa) et qui sont : avidité et désir sous toutes ses formes, haine et colère même atténuée, ignorance et illusion, vue erronnée sur notre véritable réalité, vanité et suffisance, doute sceptique irraisonné, paresse et torpeur, activité débordante et agitation ou remord, absence de honte ou de crainte envers les actions immorales.

Les progrès dans la voie de purification se mesureront au degré du développement des "quatre habitations sublimes"  que sont la bonté toute d'amitié-amour (mettā), la compassion (karunā), la joie altruiste (muditā), l'imperturbabilité (upekkhā).

Le stade définitif de la pratique de la Pleine Conscience-Satipatthana est la réalisation des Quatre Nobles vérités énoncées par le Bouddha, le Nibbāna, la libération définitive du désir et, donc, de dukkha.

 

 

 

Rédigé par Christian Galliou

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